Zone pastorale de Yalé dans la Sissili : « Les éleveurs sont victimes de la faute de l’État », Ousmane Boly

Ousmane Boly est transformateur de lait basé à (12s) et membre de la Communauté des éleveurs de la zone pastorale de Yalé, province de la Sissili région du Centre Ouest. Il y a fait son enfance avant sa création. Dans cette interview, il fait l’historique de son occupation et les circonstances du déguerpissement forcé de l’unité 5 par des agents des Eaux et forêts, le 23 juin 2020.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Quelle est l’histoire de la zone pastorale de Yalé ?

La zone pastorale de Yalé a été créée par l’Etat burkinabè dans les années 1975-1976 mais les aménagements ont commencé vers les années 1981-1982. Les éleveurs ont été installés dans ladite zone, précisément dans les années 1983. Je précise que ces éleveurs étaient dans la localité avant la création de la zone, c’est-à-dire vers les années 1969-1970. Quand la zone était aménagée, c’est l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) qui sensibilisait les éleveurs sur les avantages qu’ils auront en s’installant dans la zone. Mais ils étaient sceptiques parce que c’était leur première fois d’entendre qu’une partie de la brousse a été uniquement réservée pour l’élevage. Il a fallu de multiples réunions pour que les éleveurs soient convaincus que c’est vraiment une zone pour l’élevage.

Comment s’est faite l’installation ?

La zone pastorale de Yalé a une superficie de 40 000 hectares et est subdivisée en 09 unités pastorales. Les éleveurs sont libres de choisir l’unit

é qui les intéressent et de s’inscrire. L’unité 01 est l’unité centrale. Les unités 05, 06, 07, 08 et 09 ont été les premières à aménager. De 1983 à 1985 les gens s’installaient. Il y a une organisation, c’est-à-dire qu’autour de chaque unité, il y a un point d’eau, deux pompes, un parc de vaccination et des pistes entre les unités. Des comités sont formés pour la gestion des points d’eau, des parcs et la surveillance des feux de brousse. En juin 1989, le Haut-commissariat a pris un Raabo pour reconnaître la zone pastorale de Yalé comme étant d’utilité publique. Les choses allaient bien. Malheureusement vers les années 1990, la zone a été infectée par la trypanosomiase qui a ravagé près de 90% du cheptel. Il y en a qui n’ont pas pu supporter et sont partis. Il y en a aussi qui sont restés parce que la zone est pour l’élevage et là où on vit, c’est là-bas qu’on meurt. La lutte a été faite et il a y eu un succès. La santé animale s’est améliorée et les activités ont repris normalement jusqu’en 1995. C’est au début de 1995 qu’on a commencé à sentir qu’il y a un autre problème.

Lequel ?

Le problème de la forêt classée de la Sissili. On nous a fait savoir que les unités 05, 07 et 08 étaient dans la forêt classée. C’était vraiment notre première fois de l’entendre. On constatait qu’on abattait les animaux dans ces unités. On n’arrivait pas à comprendre pourquoi nous sommes installés par l’Etat et on vient abattre nos animaux. A chaque fois nous faisons tout pour informer ceux qui nous ont installés. De février jusqu’en fin 1995 la situation était comme ça. Un communiqué entendu sur les ondes de la radio disait que les animaux qui seront vu là-bas seront abattus. Selon la compréhension des techniciens qui étaient là à l’époque, cela ne concernait pas la zone pastorale mais celle de Nazinga. En 1996, on a reçu une copie de la décision du ministère de l’environnement qui attribuait la forêt classée de la Sissili à un concessionnaire, Norbert Zongo. C’est à partir de cette décision-là que les choses ont commencé à se durcir. Les bergers, on les enfermait. Chaque fois qu’on informe l’administration, elle fait tout pour calmer la situation mais les éleveurs étaient convaincus que la solution définitive était que l’Etat prenne une décision pour clarifier la chose puisque dans la décision, on a précisé que la forêt a été classée vers les années 1955 et la zone pastorale est venue par la suite. Selon nous, si une partie de la zone pastorale se retrouve dans la forêt classée, c’est une erreur de l’État et non celle des éleveurs. Donc il lui appartenait de les corriger. Les éleveurs, on leur a demandé d’intégrer la zone. Les espaces qu’ils occupaient auparavant ont été occupés par d’autres personnes et donc ils n’avaient plus d’autres espaces pour s’y installer. Le problème de cohabitation entre les éleveurs et les acteurs de la forêt classée de la zone Safari est restée sans changement jusqu’en 1997. Je me rappelle que les délégués de la zone pastorale ont fait une délégation pour venir à Ouaga. Ils ont écrit au ministre de l’environnement à l’époque et celui des ressources animales pour qu’on puisse trouver une solution. Comme la réponse était lente, ils ont décidé d’aller plus loin en voulant rencontrer le Premier ministre qui était Kadré Désiré Ouédraogo à l’époque mais lui-même était absent. Ce sont les secrétaires généraux du premier ministère et les conseillers qui ont reçu la délégation. Quand la délégation a expliqué le problème, ils ont dit qu’ils ont pris note. Ils ont promis rendre compte au Premier ministre à son retour.

Quelle a été la suite ?

Au mois de juillet 1997, le Chef du gouvernement a envoyé une mission conjointe composée de cadres du ministère de l’environnement et de l’eau, ainsi que des ressources halieutiques pour constater les réalités. Dans la même année, ils sont revenus au mois d’octobre et ont rencontré encore les éleveurs et ceux du Safari. Ils ont proposé une convention entre ces deux parties. Cette convention proposait une limite provisoire entre les deux zones que tous devraient respecter en attendant que l’Etat trouve une solution définitive. Malheureusement, la zone Safari a refusé de signer. On est resté dans le statu quo. En 2016, la direction provinciale de l’environnement et de cadre de vie a fait sortir une note avec une liste d’éleveurs à qui elle donnait un délai de deux mois et demi pour quitter les lieux. Les éleveurs ont répondu en disant qu’ils connaissent la valeur de la forêt classée et son utilité. Cependant, là où ils sont installés, ce ne sont pas eux-mêmes qui sont allés s’y installer. C’est l’État qui les a installés et ils n’ont nulle part où aller. Ils ont donc demandé au signataire de la note d’ajourner sa décision. Effectivement quand le directeur provincial de l’environnement a reçu cette lettre, il a dit qu’il a compris mais qu’il la transmettra à sa hiérarchie pour qu’on trouve une solution définitive. Après cette note du directeur provincial de l’environnement, aucune information relative à la forêt ne nous est parvenue jusqu’à la date du 23 juin dernier où les agents des Eaux et forêts sont venus, armés, brûler toutes les maisons des éleveurs de l’unité 05. Ils ont fait des dégâts matériels et moraux. Quand le ministère des ressources animales faisait les aménagements, les services de l’environnement étaient là. Pourquoi ils n’ont pas arrêté les travaux à l’époque ? Quand le Haut-commissaire de la Sissili a pris le Raabo pour reconnaître la zone pastorale, le service provincial de l’environnement, la direction régionale de l’environnement et la direction générale des Eaux et forêts ont tous été ampliateurs. Pourquoi dès réception de leurs ampliations ils n’ont pas dit que cette partie ne peut pas être une zone pastorale parce que c’est une forêt classée ? En 1991 et 1992, quand la vie reprenait normalement après le problème de santé animale, les éleveurs faisaient le concours de la meilleure fourragère. Le jury était composé de directeurs provinciaux de l’élevage, de l’agriculture et de l’environnement. Ils sillonnaient toutes les unités pastorales mais le directeur provincial de l’environnement n’a jamais dit : « Ici-là, sachez qu’un jour on va vous faire partir ». Les éleveurs ne disent pas qu’ils ne vont pas partir. Ils veulent qu’on leur trouve un endroit où s’installer.

N’y a-t-il pas eu de rencontre par rapport au déguerpissement ?

Il y a eu des rencontres mais c’est concernant les agriculteurs qui sont venus s’installer dans la zone d’eux-mêmes. Les éleveurs qui participaient à la rencontre ont souligné leur problème. C’est où aller.

Comment les déguerpis vivent actuellement ?

Dans les jours qui ont suivi, la Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR) a envoyé des vivres et du matériel nécessaire pour la vie quotidienne à travers l’action sociale. En passant nous remercions le village de Yalé pour son hospitalité et sa solidarité. Ils leur ont donné des portions de terre pour qu’ils puissent s’installer en attendant de trouver une solution.

Ont-ils du pâturage pour le troupeau ?

Les trois premiers jours après les événements, le troupeau était dans le village de Yalé, sur les lieux d’installation provisoire ou dans les champs. Les gens n’avaient pas encore semé. Maintenant que les gens ont semé, les animaux font le pâturage dans la zone pastorale. Pour le moment on n’a pas eu de problème.

Selon certaines informations, plusieurs animaux ont été tués par des agents des Eaux et forêts. Est-ce vrai ?

C’est vrai mais ce n’était pas à Yalé. C’était au dans un village situé entre Sapouy et le fleuve Nazinon. Ce n’était pas dans la zone pastorale.

Avez-vous saisi la justice ?

Quelques jours après, la gendarmerie de Léo a rencontré les éleveurs pour leur dire que le procureur du Faso près le tribunal de grande instance les a instruits de faire le constat des dégâts. Les gendarmes sont toujours en train d’enquêter. Après, les éleveurs aussi sont allés voir le procureur pour demander que justice leur soit rendue. Ils veulent la réparation du préjudice subi.

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