Trois hommes à l’assaut de Kosyam : Leurs atouts et faiblesses

Par Germain B. NAMA

C’est effectif ! Ils ont été investis par leurs partis pour tenter de décrocher le trône de Kosyam en novembre prochain. Roch Marc Christian pour le MPP, Zéphirin Diabré pour l’UPC et Eddie Comboïgo pour le CDP.  Comme si leur destin était lié, ils ont choisi de se faire investir dans ce même mois de juillet. Marc Kaboré le 11, Zeph le 25 et Eddie le 26.  On devrait donc les retrouver pour la campagne si leur candidature franchit l’épreuve de la validation par les instances compétentes. Avant eux d’autres candidats se sont révélés sur lesquels nous reviendrons. Pour cette édition, nous consacrons cet article à ceux que nous considérons sur la base de leur représentativité acquise par leur parti aux dernières élections de 2015 comme les plus gros poissons du landernau politique. Sauf tremblement de terre, le prochain président du Faso devrait sortir de ce trio. Alors quels sont les atouts et faiblesses de ces trois challengers ?

Roch Marc Christian Kaboré est le président du Faso sortant. Il a un bilan sur lequel tous les prétendants au trône peuvent se pencher pour en déceler les faiblesses. Et celles-ci ne manquent pas. Le plus gros reproche qui lui est fait c’est l’insécurité persistante qu’il n’a pas réussi à juguler. La raison, il n’aurait pas su susciter une dynamique nationale en faveur de la réconciliation entre tous les fils et filles du Faso. Chaque prétendant dit détenir le secret de cette réconciliation nationale et le revendique comme un atout personnel. A la question de l’insécurité, il faut ajouter la situation économique difficile, aggravée par l’effort de guerre, les coups de boutoir du front social et par un environnement économique difficile, de surcroit plombé par la crise sanitaire de portée mondiale.  Sur le plan personnel, le pouvoir de Roch Kaboré traine une réputation de pouvoir corrompu. Une série d’affaires comme celles touchant l’ancien ministre de la défense, Jean Claude Bouda, l’ancien conseiller à la présidence, Adama Kanazoé, l’affaire non encore élucidée dite charbon fin et bien d’autres… Sur le plan des droits humains, l’opinion nationale et internationale a été marquée par les exécutions extra-judiciaires et autre exactions au Nord et notamment à Djibo et environnants et récemment à Tanwalbougou à l’Est. Ce sont là quelques points noirs que les concurrents de M. Kaboré entendent bien exploiter. Malgré tout M. Kaboré ne manque pas aussi d’atouts. Le premier atout, c’est sa qualité de président sortant connaissant parfaitement les rouages de l’Etat ce qui lui donne une certaine expérience des réalités nationales et internationales qu’il peut faire prévaloir. La principale faiblesse qui lui est reprochée qui est l’insécurité pourrait paradoxalement apparaitre comme un atout dans la compétition. On note que celle-ci s’est manifestée de manière spectaculaire depuis son arrivée au pouvoir laissant croire que les terroristes lui font payer la chute de son prédécesseur qui offrait aux chefs terroristes le gîte et le couvert. A cet égard, il peut revêtir le manteau du héros patriote. Et puis malgré la montée croissante des actes terroristes, l’Etat ne s’est pas effondré. Mieux il a continué à fonctionner normalement en payant les salaires et en s’offrant même le luxe de concéder des augmentations, reclassements et autres améliorations  malgré les circonstances exceptionnelles.  Et puis, Eric Bougouma alias Bulldozer ne manquera pas de décliner les grandes réalisations de son ministère en matière d’infrastructures routières. Et il n’est pas le seul, le ministre Stanislas Ouaro pourrait en faire autant avec la création de nombreuses écoles et lycées et surtout actualité oblige, l’organisation relativement réussie des examens scolaires qui paraissaient compromis par la crise sanitaire et les postures syndicales peu favorables à l’option gouvernementale. Et puis un élément qui n’est pas des moindres, le peuple burkinabè est plutôt légitimiste. Sans bilan exceptionnel, Roch Marc Christian pourrait bénéficier de ce sentiment légitimiste : plutôt qu’un saut dans l’inconnu, nous préférons celui que nous connaissons déjà !

Quand à Zéphirin Diabré, sa principale qualité est celle d’être un opposant opiniâtre qui s’est construit à partir d’une vision structurée fondée d’une part sur la mobilisation à la base et d’autre part sur une stratégie intelligente et minutieusement élaborée de lever de fonds. La politique ne semble pas avoir perdu son âme même si en raison de son caractère, certains le jugent hautain et suffisant. En quelques années, il a su bâtir un parti solide et crédible qui résiste aux intempéries et qui continue de se frayer son chemin. Il est relativement jeune, brillant et a la réputation de ne pas manger de n’importe quel pain. Si on doit lui faire un bilan, ce n’est pas celui d’avoir à l’instar de Roch assumé la fonction suprême. Il a toutefois au cours de son passage dans quelques ministères laissé l’image d’un jeune homme intègre, accomplissant ses tâches avec beaucoup d’énergie. Sur le plan international, il a acquis tout de même une expérience intéressante dans la gestion de grandes institutions internationales comme le PNUD ou comme AREVA. Sur le plan national, il se signalera à la tête du Chef de file de l’opposition politique, comme un remarquable meneur d’hommes. C’est avec lui que la contestation politique est montée crescendo et dont le point d’orgue a été la fuite de Blaise Compaoré en octobre 2014. Pendant la campagne 2015, son parti bien que jeune s’était illustré par une grande capacité de mobilisation. Même s’il n’a pas été élu président du Faso, il a tout de même ravi la seconde place après Roch et gagné 33 sièges sur 127 au parlement. Il va sans dire qu’il se présentera comme le principal challenger de Roch en novembre prochain.

Sa principale faiblesse c’est la scission intervenue au sein de son parti qui a vu 13 de ses députés constituer un groupe parlementaire à part. Il ne semble pas avoir réussi à ramener ses dissidents au bercail avant les compétitions électorales qui s’annoncent. Autre faiblesse même s’il feint de l’ignorer, c’est la stigmatisation dont est victime sa communauté d’origine et lui avec. Même si elle n’est pas de nature à affecter notre vivre ensemble, elle ne favorise pas l’égalité des chances de tous les Burkinabè, quelle que soit leur origine communautaire, devant une compétition mère comme la présidentielle. Zéphirin Diabré peut néanmoins compter sur une frange importante d’une jeunesse moderniste qui aspire au renouvellement générationnel de la classe politique

Le plus jeune du trio, Eddie Comboïgo est arrivé aux affaires dans une période de déliquescence du CDP où ses principaux mentors que sont Roch Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré étaient en rupture de ban avec leur mentor, Blaise Compaoré. Présenté comme le symbole du renouveau générationnel au sein de ce parti, il n’a pas le temps de déposer ses marques quand la tentative de coup d’Etat l’oblige à s’exiler. La tempête passée, il revient au pays et y recouvre ses droits. Avec ses amis, il bouscule les anciens comme Léonce Koné qui assurait alors l’intérim à son absence et s’installe à la tête d’un parti qui entre dans une zone de turbulence. Depuis son retour, il n’a cessé de gérer des crises internes. La dernière en date est celle de la désignation du candidat du parti à la présidence du Faso. La conséquence prévisible c’est l’éparpillement des militants autour de trois pôles de contestation pour ne pas dire de défiance. Ainsi, outre Eddie, les militants du CDP se retrouvent autour de Kadré Désiré et de Mahamadi Koanda. Avec un tel émiettement, les jeunes gens du CDP qui ont fait de Eddie leur chouchou pourront-ils se faire entendre au-delà des lignes de fracture ? C’est le principal pari que devra relever le jeune Eddie, qui aura tout de même fait montre d’une carapace à toute épreuve. D’autres à sa place auraient jeté tout simplement l’éponge. En tout cas, M. Komboïgo entend jouer crânement sa chance et il serait imprudent de le prendre pour du beurre.

Voir aussi

Conseil des ministres du 05 mai 2021 : Les grandes décisions

Le conseil des ministres s’est tenu le mercredi 5 mai 2021 à Ouagadougou en séance …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *