Savoir tirer le meilleur parti des événements

Par Germain B. NAMA

Les Burkinabè mettront longtemps à exorciser les images atroces venues de Solhan tant elles étaient d’une indicible cruauté. Solhan, point d’orgue des tueries à répétition qui endeuillent le Burkina depuis son insurrection populaire va-t-elle sonner le réveil d’une conscience nationale passablement endormie ? Depuis Solhan en effet et on peut s’en féliciter, il est loisible de constater que les Burkinabè refusent désormais de se satisfaire des indignations et condamnations officielles, voire des compassions post mortem. Ils veulent des actions décisives qui infléchissent significativement les courbes mortifères. Dans ce contexte, il convient de prêter une attention particulière à deux catégories de manifestations qui ont défrayé la chronique ces derniers jours et qui ont donné lieu à moult commentaires de la part de nos compatriotes. A Titao et à Kaya des manifestants sont descendus dans la rue criant leur ras le bol et dénonçant l’insécurité dont ils sont l’otage, réclamant une meilleure protection de l’Etat.

Les déplacés qui avaient aussi grossi ces manifestations clamaient leur envie de retourner chez eux. Avant eux, il y a eu Fada mais aussi Dori. Puis sont venues les manifestations des 3 et 4 juillet à l’appel du chef de file de l’opposition politique, appel accompagné de l’annonce de la suspension de sa participation au dialogue politique. Cet événement a eu un effet d’électrochoc au niveau de la classe politique, en particulier au sein de la majorité présidentielle bien plus que les manifestations antérieures. Sans doute parce qu’elles avaient un caractère politique tranché sur un sujet de très grande sensibilité. On aura remarqué que la posture officielle des pouvoirs publics a été très prudente. Tout en reconnaissant à l’opposition d’être dans son rôle, on n’en a pas moins agi à travers les relais traditionnels pour désactiver les effets de l’appel à manifester.

Et pourtant, quoiqu’on puisse penser de ceux qui en sont à l’initiative, on doit reconnaitre que cet appel tombait à pic pour des populations excédées par tant d’inerties injustifiées face aux ravages du terrorisme.  Ne pas percevoir le désarroi d’un peuple qui assiste impuissant aux exactions terroristes est une faute lourde qui peut engendrer la rupture. Eddie et ses gars l’ont compris et ont sauté sur l’occasion. A qui la faute si ceux qui, se sachant en situation de concurrence politique devaient se hisser à la hauteur du défi et qui malheureusement ont été défaillants ?

Le général Eddie peut savourer son petit lait parce que lui au moins a perçu la faille et s’est empressé de s’y engouffrer. On peut dire tout ce qu’on veut sur sa démarche.  Ce qui importe c’est l’approbation de son message par le peuple qui du reste aurait pu avant tout être porté par ceux qui ont reçu le mandat de le protéger.

Simon Compaoré et ses troupes gagneraient à abandonner les invectives et récriminations et à tirer le meilleur profit des événements. Si on fait le point, l’action de l’opposition a tiré le président du Faso de sa torpeur et l’a obligé à anticiper des mesures longtemps attendues par les Burkinabè. On peut constater que depuis l’adresse du président du Faso et les mesures qui ont suivi, la tension a baissé d’un cran et les Burkinabè recommencent à espérer du changement. Mais comme les habitudes ont la vie dure, il ne faudrait pas retomber dans l’indifférence et le laxisme. Il faut avoir conscience que rien n’est encore fait. On a simplement posé certaines bases. Il faut engager les réformes sécuritaires et sociales nécessaires et rétablir la confiance indispensable avec le peuple. Celle-ci ne saurait rimer avec l’impunité, le refus de situer les responsabilités cause de tant de deuils, l’absence de rigueur dans la gouvernance économique, le copinage dans la sphère politique et sociale.

Roch Marc Christian ne doit pas léguer à la postérité l’image d’un président débonnaire. Ce n’est pas de cela que le pays a besoin. Ce que les Burkinabè attendent de lui, c’est qu’il mette le pays sur de bons rails et en état de marche. L’histoire en a réuni les conditions. A lui de jouer !

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