Inondations à Ouagadougou : Les habitants de Zongo construisent des ponts de fortune

La saison pluvieuse bat son plein dans la ville de Ouagadougou. Comme chaque année, elle n’est pas sans conséquences pour les populations des quartiers périphériques de la capitale. Pour les zones dont le lotissement n’a pas été effectif, le constat est sans appel. C’est le cas du quartier Zongo, dépourvu de voiries depuis l’arrêt du lotissement. Ce qui rend ce quartier inaccessible durant les pluies. Face au silence des autorités communales, les riverains ont entrepris eux-mêmes, la construction de ponts qui leur permettra de rallier leurs domiciles. De passage dans ce quartier le 23 aout 2020, nous avons pu constater les réalisations des populations.

 Des crevasses dans le sol par-ci, de gros fossés par-là, on se croirait dans les zones avec des élévations de terrain. Pourtant, ce sont ces sols, qui servent de voies aux riverains de Zongo, ainsi que ceux qui passent par ce quartier pour regagner soit Rimkiéta, soit le centre-ville. Tels des montagnes russes, la traversée n’est pas chose facile en temps normal. « Lorsqu’il pleut encore, c’est la catastrophe », nous confie un habitant du quartier. Il vaut mieux rester là où on est, pour ne pas se faire emporter par le fort courant d’eau, car en ce moment précis, il est difficile de distinguer la route, des différents fossés. Avant la réalisation des ponts, la traversée de cette zone était un calvaire. Pendant la saison des pluies, la chaussée devient impraticable à certains endroits.

 La croix et la bannière pour arriver à destination

« La seule alternative qu’il y a, est de soit, passer au commencement de la pluie, pendant que le passage est encore visible, soit patienter 1h à 2h après la pluie, avant de s’y aventurer », nous raconte Sampawendé Rémy Ilboudo, Sergent-chef, riverain du quartier. En cas d’urgences, cela est plus compliqué, ajout-il. « Une fois j’ai voulu rendre service à mon voisin, dont la femme était sur le point d’accoucher. Tous les passages étant obstrués par l’eau, j’ai dû faire un grand détour, passer par d’autres quartiers pour rejoindre l’hôpital le plus proche, pour qu’elle ait ses soins » relate-il. A l’en croire, à cette période, la situation est telle que, ce sont des jeunes du quartier (des bonnes volontés) qui aident les gens à traverser, à cause du fort courant d’eau. Telles que ces voies se présentaient, les gros véhicules (véhicules poids-lourd), ne pouvaient pas s’y aventurer. Les demandes d’aides, les doléances auprès des autorités communales, se sont révélées infructueuses selon Adama Niampa, autre riverain de Zongo. « Ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’il y a des personnalités qu’on a approché, qui pouvaient nous aider, mais qui ne l’ont pas fait », nous raconte Rémy Ilboudo.

 Une prise de conscience collective

Les habitants de Zongo en plein chantier

Après maintes tentatives auprès des autorités, les riverains ont décidé de prendre les choses en main eux-mêmes. Des réunions, des collectes de fonds, des collectes de don. C’est depuis 2017 que les riverains ont décidé de prendre leur destin en main. Lors des réunions, chacun propose ce qu’il a, ce qu’il peut donner. Certains ont donné un sac de ciment par-ci, deux ou trois sacs de ciment par-là, d’autres du sable. Pour le reste du matériel, ils ont pu l’avoir grâce aux relations avec des amis. « Moi particulièrement, j’ai un ami qui a accepté nous aider avec sa grue pour le travail, d’autres amis également nous ont aidé avec des compacteurs », explique Rémy Ilboudo. Les conducteurs de Taxi-moto, les camionneurs, chacun a contribué à sa manière.

Parmi les riverains, il y en a qui sont des maçons, des ingénieurs, des charpentiers, des soudeurs, etc. ce qui leur a facilité le travail selon Adama Niampa, qui est lui-même soudeur-monteur. Ainsi, ils ont réuni toutes ces compétences pour les travaux ; il ne manquait plus que le matériel pour commencer. « Nous sommes arrivés à un moment donné où nous nous sommes dit, nous allons nous débrouiller nous-mêmes. Si ce sont les compétences pour construire ces pont, nous les avons », clame ce dernier. Les populations ont accepté de mettre de côté leur différences, mettre chacun la main à la poche, pour cet idéal commun qu’est la réalisation de ces ponts.

Pour ce qui concerne les cotisations, elles ont été libres et volontaires. Un appel à contribution a été lancé. « 200FCFA, 500FCFA, 1000FCFA, on n’en demandait pas plus, connaissant déjà la situation de ces populations », explique Rémy Ilboudo. Ils se sont donné pour créneau de débuter avec un budget d’au moins cent mille (100 000) FCFA. Mais finalement, ils ont commencé les travaux avec vingt-trois (23) sacs de ciments, et une somme d’environ quatre-vingt-huit milles (88 000) FCFA. En ajoutant le reste du matériel : le fer (fer de dix et fer d’attache), les cailloux sauvages, la terre, le gravier, les bûches le grillage gravions, l’eau, le carburant, ainsi que les locations de grue et de compacteurs et des divers, les dépenses totales pour la construction d’un seul pont a tourné autour de huit-cent soixante-dix-huit mille cinq-cents (878 500) FCFA. « Les femmes également ne sont pas en reste dans ce travail », souligne Issouf Compaoré, boutiquier à Zongo. En plus des cotisations, les dames ont contribué en apportant à manger et à boire aux populations lors de la construction du pont.

Pour plus de transparence dans la gestion de ces cotisations et des dons, ceux chargés des collectes inscrivaient dans un cahier, les identités des différents contributeurs.

Des ouvriers d’un jour !

La construction du premier pont a duré 2 jours. Le premier jour a été consacré à l’étude du terrain. Selon Rémy Ilboudo, ils ont procédé de la manière suivante : ils ont étudié l’emplacement des différents composants, estimé le passage de l’eau pour pouvoir placer les grillages gravions. Ils ont puré le sol, creusé à une profondeur de 30 cm, avant de placer leur béton.

Après, c’était la pose de la dalle. Tout en précisant que ce sont les ouvriers du groupe qui ont conduit les travaux, il rassure que ces deux ponts pourront tenir au moins dix ans. « Parmi ceux qui ont travaillé, il y en a qui, à la base, sont des ouvriers sur des chantiers, donc ils connaissent leur travail », précise-t-il. Notons que ce premier pont, construit en 2017, a déjà trois (03) ans.

 Un soulagement pour tous 

 

Le pont terminé, c’était la satisfaction totale sur les visages. « En voyant ce pont, chacun a une satisfaction personnelle, satisfaction d’avoir contribué à sa réalisation », confie un passant. Après, il y a eu la réalisation du second pont, les 8 et 9 août 2020 (le plus récent). Comme pour le premier pont, chaque fois, ce sont des appels à contributions qui sont faits pour que tous puissent mettre la main à la patte. Selon les riverains, grâce à ces réalisations, les engins qui n’arrivaient pas à passer avant, y arrivent à présent, ceux qui n’osaient pas s’aventurer arrivent à passer sans soucis.

En sus, la réalisation des infrastructures de bases comme les routes, par ricochet les ponts, correspond à l’objectif 09 des Objectifs pour le développement durable (ODD). L’ODD 09 qui signifie : « Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation », apparait ici avec l’action des riverains. D’après les riverains, la réfection de ces voies avec des ponts va faciliter le déplacement des populations, de même que le transport des marchandises pour le bien des commerçants de ce quartier. Une étude des Nations unies révèle que, pour de nombreux pays africains, en particulier pour les pays à faible revenu, les contraintes existantes en matière d’infrastructures affectent la productivité des entreprises d’environ 40%. A entendre les riverains de Zongo, l’inaccessibilité de leur zone à cause du mauvais état des voiries, a impacté sur les livraisons de certaines marchandises. Mais grâce aux ponts, les activités ont repris de plus belle.

« Depuis que nous avons construit ce pont, les camions citernes, même les V8 l’empruntent ; chose qu’on ne voyait pas avant », explique Moumouni Ouédraogo, boutiquier de Zongo. Selon ce dernier, même les agents de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) qui étaient là pour l’installation des tuyaux, n’ont pu repartir qu’après la construction du pont, car la voie n’était pas bonne. Il interpelle alors les populations pour un mieux vivre. « Il faut que les gens comprennent d’abord que l’Etat, ce n’est pas le gouvernement uniquement. L’Etat c’est nous-mêmes », clame-t-il. A l’écouter, c’est donc un soulagement pour tous, car les cotisations de 100 F, 200F, ont porté fruit.

Son voisin, Yassia Ouédraogo, lui remercie les uns et les autres, pour le sacrifice dont ils ont fait montre, pour la réalisation des deux ponts. « On a longtemps souffert avant la réalisation des ponts ». « C’est vraiment bien que des gens qui vivent les même réalités, aient décidé main dans la main de contribuer à ce que ces ponts voient le jour », a-t-il-confié. Par leur action, ils ont pu montrer aux riverains des autres quartiers qu’on ne peut pas chaque fois compter sur les autorités du pays.

Daouda Cissé, habitant de Zongo quant à lui, revient sur le rôle du gouvernement dans la construction des infrastructures. Pour lui, il faut que l’Etat s’implique davantage, car les populations paient les taxes et les impôts. « Si les routes ne sont pas construites et entretenues, on se demandera où vont alors ces taxes et ces impôts », s’interroge-t-il. Même son de cloche chez Aboubacar Kaboré, mécanicien dans le même quartier. Ce dernier met en garde les politiciens. « Nous avons déjà construit deux ponts, il nous en reste un. Là, nous interpellons les politiciens qui voudront venir ici pour leur campagne, qu’ils empruntent une autre voie et non celle que nous avons refait, sinon nous leur dirons la vérité », a-t-il prévenu.

Le lotissement, l’autre partie visible de l’iceberg

Les ruelles sont impraticables durant la saison des pluies

En plus, des problèmes de voiries, le quartier fait face à un problème de lotissement. Le lotissement ayant été arrêté dans ce quartier depuis 2001, les parcelles sont pour la plupart confondues. « On te donne une parcelle, tu viens trouver que quelqu’un d’autre y a déjà construit, comment tu fais ? », nous lance un riverain. Des cours en milieu de voie ou pire encore, d’autres ont des parcelles où l’emplacement se trouve dans les fossés, on se demande comment construire dans ces conditions. Le courant électrique non plus, n’existe pas encore dans ce quartier. Tout fonctionne au solaire. Les constructions qui ont pu être réalisées sont pour la plupart des maisons en terres cuites, ce qui ne résiste pas aux intempéries.

Les riverains lancent alors un appel cette fois aux autorités pour qu’ils refassent le lotissement. Pour eux, une fois que le lotissement sera fait, dans la même lancée, la question des voiries pourra être réglée une bonne fois pour toute.

Mariam SAGNON

 

Note : Ce reportage fait suite à un
appel à solidarité auprès des médias,
lancé par StopBlabla, pour apporter
des réponses liées aux problématiques
rencontrées pendant la saison des
pluies. StopBlabla est une plateforme
numérique qui défend une information
utile, constructive, 100 % solutions en Afrique.

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