Qu’ils ont l’art de polluer l’air inutilement !

Par Germain B. NAMA

Bassolma Bazié en conseil de discipline. C’est le spectacle qu’il nous a été donné de voir le lundi 21 septembre dernier. Un conseil de discipline sous très haute sécurité, c’est la première fois que nous voyons cela, sauf oubli, en tant que témoin de la vie de notre administration publique ces quarante dernières années. Avait-on besoin d’en arriver là et à qui profite ce curieux spectacle? Soyons clair. Bassolma Bazié n’est pas au-dessus de la loi. Il n’est pas non plus au-dessus du règlement qui régit son activité professionnelle. Ça, tout le monde le sait, Bassolma Bazié en premier. C’est un responsable de haut niveau, à qui on ne saurait faire l’excuse de l’ignorance ni de la méprise. Il sait ce qu’il fait et est prêt à en assumer les conséquences. Nous avons entendu l’argumentaire de sa hiérarchie. Le quantum horaire légal dû par M. Bazié est de 18Heures. La direction de l’établissement lui en a affecté 10 heures mais  Bassolma Bazié aurait décidé de son propre chef de n’en dispenser que trois. Voilà le casus belli que sa direction aurait décidé de porter devant le conseil de discipline. Toute la question est de savoir si l’option du conseil de discipline est pertinente. On comprend cette logique de ne pas vouloir  ouvrir la boite de pandore dans laquelle s’engouffreraient de mauvais esprits.

Dans le climat de défiance généralisée de l’Etat, on peut en effet redouter que ça parte dans tous les sens. Mais le cas Bassolma, loin d’être un acte d’indiscipline est plutôt une démarche de rupture. Depuis 2010, en effet, la question des permanents syndicaux est en souffrance. L’engagement pris depuis lors par nos gouvernants sur la base d’instruments internationaux, d’encadrer la jouissance des droits reconnus aux permanents syndicaux n’est toujours pas respecté.

” Dans le climat de défiance généralisée de l’Etat, on peut en effet redouter que ça parte dans tous les sens. Mais le cas Bassolma, loin d’être un acte d’indiscipline est plutôt une démarche de rupture “

Et pourtant, ces droits ne  pas des cadeaux monnayables. C’est une reconnaissance du rôle exceptionnel joué par les organisations syndicales dans le progrès des sociétés et de l’humanité. C’est cela la base et le principe. Evidemment, on peut avoir des perceptions différentes voire divergentes sur la façon dont les rôles sont assumés par nos responsables syndicaux.  C’est un problème qui regarde les travailleurs. Il reste que les principes n’étant pas en cause, ils doivent être respectés scrupuleusement.

Alors, faisons attention. Sanctionner M. Bazié pour avoir voulu faire bouger les choses en donnant un coup de pied dans la fourmilière peut apporter la satisfaction illusoire d’avoir défendu l’autorité de l’Etat. Mais il y a des victoires qui sont en fait des défaites parce qu’elles ne comportent aucune élévation. L’autorité de l’Etat prend sa source dans le respect de ses propres engagements. Un Etat laxiste et veule perd un des fondements essentiels de son autorité qu’est la dignité. Et la dignité, c’est le terreau duquel nait le respect. L’autorité qui se fonde sur la seule puissance des muscles n’est rien d’autre que de la tyrannie. Ce que tout le monde déplore aujourd’hui, c’est la faiblesse de notre Etat. Travaillons donc plutôt à lui donner ou (re)donner de la force en insufflant plus de conscience et de responsabilité dans ses engagements et dans ses actes. On ne fera pas avancer les choses en créant une différence factice entre un Bassolma Bazié personne physique et le Bassolma Bazié personne morale que tous les Burkinabè connaissent. L’acte qu’il a posé, il ne l’a pas fait en tant que petit employé de l’Etat, natif de Koukouldi. Il a agi non dans son intérêt personnel mais dans l’intérêt de son organisation et donc des travailleurs. On ne règlera rien en s’installant dans un bras de fer. Chaque camp a les moyens de faire mal. Les Burkinabé n’ont vraiment pas besoin de ça. Il faut croire que les sages du conseil de discipline prendront la mesure de la situation. Mais au-delà, c’est l’Etat lui-même qui est interpellé. Il n’est pas normal que l’on refile la patate chaude à un pauvre conseil de discipline. Ce n’est pas à cette instance de gérer les incohérences de nos gouvernants. Il est grand temps que l’Etat retrouve les partenaires sociaux pour mettre fin définitivement à cette mauvaise querelle.

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