Poursuite judiciaire contre le maire de Ouagadougou : Des magistrats et des individus sollicitent 70 000 000 pour classer le dossier

Un réseau de personnes dont des magistrats a sollicité auprès du maire de Ouagadougou Armand Roland Pierre Beouindé 70 000 000 de francs CFA pour l’aider à étouffer son dossier au tribunal de grande instance de Ouagadougou. Le procureur du Faso près ledit tribunal s’est saisi de l’affaire de l’achat des véhicules par la mairie pour investiguer sur l’existence ou pas d’infraction.

Atiana Serge OULON atioul7@yahoo.fr

« Oh là là archi faux. Archi faux. Je connais Allassane Bagagnan mais c’est archi faux », « Jamais je ne suis impliqué dans une quelconque intervention. Je ne suis pas magistrat. comment je peux intervenir dans un dossier au palais de justice de Ouagadougou ? Le maire de Ouagadougou je ne le connais pas également ». L’un après l’autre, le magistrat Dieudonné Bonkoungou, substitut du procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou et Allassane Bagagnan dont la profession ne nous a pas été révélée nient les faits. Le troisième acteur dans cette affaire, le substitut du procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou, Narcisse Sawadogo, après avoir fait l’étonné puis proposé de nous rappeler dans une heure est resté silencieux jusqu’au bouclage. Effet de surprise de la fuite de l’information ou stratégie pour ne pas répondre à nos questions ? Le mystère reste entier. Sauf que les faits sont clairs. Dans le cadre de la procédure judiciaire enclenchée par le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouagadougou dans l’affaire de l’achat des véhicules par la mairie, des personnes dont des magistrats Dieudonné Bonkoungou et Narcisse Sawadogo se sont proposés d’aider le maire Armand Roland Pierre Beouindé. Une rencontre s’est tenue au domicile de Allassane Bagagnan à l’arrondissement 10 de Ouagadougou. L’entrevue s’est passée entre le maire Armand Roland Pierre Beouindé, Allassane Bagagnan et le magistrat Narcisse Sawadogo. « On a travaillé. On s’est appelé plus de vingt fois. Ça va être géré ». Et comme pour convaincre davantage le maire Beouindé, ils avancent comme un argument de taille, « Narcisse et celui qui gère le dossier se sont vus ». La mission était claire. Convaincre l’édile de la capitale qu’ils sont en mesure de manœuvrer pour faire classer le dossier. L’ancien procureur du Faso près le Tribunal de grande instance Bogandé Narcisse Sawadogo s’est vanté d’avoir des éléments au Tribunal de grande instance de Ouagadougou. Pour montrer qu’il peut aider le maire, il a déclaré que le doyen des juges d’instruction Emile Zerbo est son promotionnaire et ami. Il est ressorti également que le juge en charge du dossier, Daouda Koanda, est un ancien stagiaire de Narcisse Sawadogo. Ce qui est faux après nos vérifications auprès de l’intéressé. Le juge Koanda qui est en charge du cabinet d’instruction numéro 06 dit avoir eu un contact avec Narcisse Sawadogo il y a au moins un an. Le dossier judiciaire n’est pas non plus à l’instruction.

Mais pour atteindre leur but, Allassane Bagagnan et Narcisse Sawadogo ne vont pas s’arrêter là. Ils vont multiplier les contacts avec le maire Beouindé usant de subterfuges pour montrer qu’il « maitrise la situation ». Deux rendez-vous au moins se sont tenus au domicile de Bagagnan. « Nous travaillons sur le sujet » a déclaré l’un d’entre eux. La contrepartie de cette intervention pour faire classer sans suite est le paiement de 70 000 000 de francs CFA. Une somme qui doit être versée en espèce. Il lui a été proposé de payer soit la moitié 35 000 000 francs CFA et le reste quand le maire aura la certitude que l’affaire a été étouffée. Autrement, Armand Roland Pierre Beouindé peut verser la totalité des 70 000 000 de francs CFA s’il leur fait confiance. Selon nos informations, Allassane Bagagnan s’est rendu au bureau du maire de Ouaga puis les deux sont allés dans une agence d’une banque de la place pour faire un retrait. En raison de la législation bancaire, le montant n’a pu être retiré. Il a été convenu de faire un retrait journalier de 10 000 000 de francs CFA pendant sept jours pour obtenir le montant total

Le maire de Ouagadougou est assisté du cabinet d’avocats Sissili conseils de l’ancien bâtonnier de l’ordre des avocats du Burkina Maître Mamadou Savadogo. Contacté par L’Evénement, les avocats de Armand Roland Pierre Beouindé n’ont pas démenti les faits sinon confirmé à demi-mots.

 

Encadré 1

Le système des charognards

Le procédé est simple. Des individus y compris des magistrats en activité au Tribunal de grande instance de Ouagadougou ou dans les juridictions supérieures (Cour d’appel, Conseil d’Etat ou Cour de cassation) ou encore au ministère de la justice sont aux aguets au moindre dossier judiciaire aux enjeux financiers importants. Ou lorsqu’une affaire concerne une autorité politique ou un opérateur économique à même de mettre la main à la poche pour se sortir d’affaire quel qu’en soit le prix. Ils prennent à travers des intermédiaires, non issus du corps de la magistrature, avec la personne qui a des démêlées judiciaires pour proposer leur service. Ils se vantent à tort ou à raison d’avoir leurs pions dans le circuit du traitement de dossier à même de mettre le pied sur le dossier. Souvent les magistrats membres de ce réseau se vantent d’être des aînés de ceux qui sont au Tribunal de grande instance. Souvent aussi que d’autres ont été leurs anciens stagiaires. Pour la première ou la seconde raison, ils ne peuvent donc pas refuser de leur rendre service. A coups d’explication du fonctionnement de l’appareil judiciaire, ces escrocs ne s’économisent pas pour se faire convaincant. Ces pratiques ont existé depuis deux décennies avec la complicité de certains procureurs du Faso près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou. A l’image de l’ancien procureur du Faso Issa Kindo accusé d’escroquerie en complicité avec le juriste Abdoulaye Ouédraogo. Ce réseau dont les membres se recrutent dans tous les secteurs maîtrisent les rouages de la justice. Ils connaissent le profil de chaque magistrat, ils savent s’ils peuvent compter sur lui ou pas. Dans un des échanges, Allassane Bagagnan déclare par exemple que deux juges d’instruction au Tribunal de grande instance de Ouaga, Boubacar Soulama et le doyen des juges d’instruction Emile Zerbo sont intraitables.

A.S.O.

Encadré 2

Le même groupe a-t-il tenté d’aider Jean Claude Bouda ?

Est-ce pour se rendre plus convaincant ou triste réalité ? Pour convaincre le maire de Ouaga Armand Roland Pierre Beoindé, un du groupe avance un argument massue. Ils (ndlr lui et ses amis) ont approché l’ancien ministre de la Défense nationale et des anciens combattants Jean Claude Bouda depuis au moins trois mois pour l’aider mais ce dernier ne les a pas écoutés. « Voilà qu’il est dans les problèmes. S’il nous avait écoutés ça ne serait pas arrivé », clame un du groupe qui a démarché le maire Beoindé. Jean Claude Bouda a été mis en examen le 26 mai dernier puis placé en détention à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou pour faux et usage de faux en écriture privée, délit d’apparence et blanchiment de capitaux.

A.S.O.

Encadré 3

Quid de la plainte contre des magistrats depuis 2017 ?

Trois ans après le début de la procédure du dossier d’escroquerie impliquant plusieurs magistrats, deux Gardes de sécurité pénitentiaire et une avocate, le constat est sans appel. Aucun acte significatif n’a été posé depuis que le dossier est en instruction. Un juge d’instruction du Tribunal de grande instance de Ouagadougou a été saisi. Le dossier est sur sa table. La quasi-totalité des acteurs sont pourtant tous à Ouaga. Qu’est ce qui peut expliquer que trois ans après rien de notable n’ait été enregistré ? L’opinion publique a été scandalisée en 2015 par l’affaire mettant en cause plusieurs magistrats. Une procédure judiciaire avait été engagée à la suite de la plaine de l’avocat de la victime Abdoulaye Cissé. Me Marcellin Somé avait formulé notamment une plainte pour corruption, extorsion de fonds contre les magistrats Irène Bassolé, Kalifa Bagué, Désiré Sawadogo, Wenceslas Ilboudo, Mathieu Lompo, Etienne Yé, l’avocate Geneviève Ouédraogo, les Gardes de sécurité pénitentiaire l’inspecteur Tchinro Yé, le contrôleur Kayouré Ibrahim Nazé et toutes autres personnes impliquées dans les faits de corruption et d’extorsion de fonds. Tous les acteurs sont à Ouaga et ont clamé leur innocence au début de l’affaire. Mais manifestement la justice ne semble pas être dans une démarche de recherche de la vérité. Or il est de l’intérêt de tous que la vérité soit dite dans cette affaire au risque qu’elle colle à la peau des mis en cause pour toujours.

A.S.O.

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