Notre bonhomme de chemin !

Par Germain B. NAMA

En ce mois de mai 2001, nous étions quatre mousquetaires à croire notre aventure possible. Le Burkina baignait toujours dans le traumatisme du crime de Sapouy et nous pensions à une formule pérenne qui tienne compte des obligations professionnelles et sociales de chacun d’entre nous. Deux journalistes professionnels et deux enseignants du public, tous mus par le désir d’être utiles dans cette phase délicate de l’histoire de notre pays. Nous retenons le souffle quand le premier numéro tombe le 25 mai 2001. Sans circuit de distribution propre, sans agents rompus au métier de distributeurs, les 6 000 exemplaires sortis des chaines de production ce jour nous ont causé quelques soucis. L’allure du canard, la qualité de la mise en page, la diversité du contenu, le travail d’analyse ont été de bons atouts de départ. Mais les pertes furent importantes, à peine la moitié du tirage vendu. A cette déconvenue, il faut ajouter le préjudice des revendeurs qui s’évanouissent dans la nature avec les produits de vente. Néanmoins

”  L’Evénement a vite creusé son trou grâce à la détermination de ses animateurs et surtout en raison du contexte national de lutte où la soif d’information des burkinabé était bien réelle. A cet égard, le positionnement du journal sur les questions de gouvernance économique, politique et sociale, l’audace de ses animateurs dans le traitement sans concession des questions sensibles ont permis à L’Evénement d’établir ses lettres de noblesse. Un jour, je reçois un coup de fil du professeur Joseph Ki Zerbo, juste pour m’annoncer qu’il apprécie le travail que nous faisons à L’Evénement. Le vieil homme me demande de transmettre ses félicitations à toute l’équipe tout en me disant de bien vouloir mettre à sa disposition les reliures du journal. Je revois aussi la figure de l’honorable Arba Diallo, devant moi, venu nous féliciter de vive voix. Ces exemples s’ajoutent aux témoignages de soutien et de sympathie de nombreux Burkinabè qui nous font confiance.”

A tous ces hommes et femmes, nous avons une pensée spéciale en ce 20ème anniversaire. C’est cela qui entretient notre force et notre détermination à toujours aller de l’avant.

Aujourd’hui, l’environnement médiatique s’est considérablement enrichi en particulier de titres qui sont dans la même ligne de recherche de l’information vraie, de l’information utile, celle qui éclaire et pousse les Burkinabè à s’engager dans la quête du progrès économique et social de notre cher pays. Nous sommes plus nombreux mais les difficultés le sont tout autant. C’est un véritable calvaire que vivent les journaux qui se débattent dans un stress économique sans précédent. Les ventes de journaux ne suffisent même plus à assurer les charges de fonctionnement, ce qui oblige à faire preuve d’ingéniosité, à créer sans cesse de nouveaux produits dans un environnement économique où rien n’est stable, où chaque acquis est marqué du sceau de la précarité. Si hier, la menace sur la presse était essentiellement d’origine politique, le métier de nos jours est dangereusement malmené dans sa dimension économique. Face à ce péril, la solution ne saurait être dans un repli sur soi où chacun joue de son sortilège pour échapper au naufrage. Il y a une vraie réflexion à mener sur l’avenir du métier de journaliste. Cette réflexion incombe d’abord à la profession qui ne semble pas jusque-là vouloir poser les problèmes de fond pour en tirer les orientations. Elle incombe aussi aux pouvoirs publics parce que la presse est un instrument au service de la démocratie et de la bonne gouvernance. Si c’est ce chemin que le Burkina a choisi, alors il faut revoir les paradigmes pour ne pas avoir à célébrer d’une certaine manière le requiem de notre presse nationale.

Que dire encore en ce jour anniversaire si ce n’est remercier tous les amis qui se trouvent dans tous les segments de notre société. En particulier les hommes et femmes en robes noires qui nous ont toujours aidé dans notre combat. Ils font un travail remarquable dans la défense de nos droits.

Aux travailleurs de L’Evénement, c’est l’occasion et le lieu de les féliciter et de les encourager à cultiver l’effort dans la recherche de la qualité. La récompense viendra nécessairement de l’effort de tous. Joyeux anniversaire à toute l’équipe !

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