NAMISIGUIA-DJIBO : Les 36 kilomètres de la terreur

Namisiguia, commune rurale de la province du Yatenga à Djibo, chef-lieu de la province de Soum est l’un des axes routiers les plus dangereux au Burkina. Braquages, enlèvements, attaques aux engins explosifs improvisés, assassinats sont le lot de ceux qui s’y aventurent. L’axe a été emprunté ce 13 mai sous bonne escorte de l’armée de terre, de la gendarmerie et de la Police nationale.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Des habitations abandonnées entre Namsiguia et Djibo prises au travers de la vitre d’un bus du convoi le 13 mais 2020

 

Ouagadougou, mercredi 13 mai 2020, 4 heure 30 minutes du matin. Nous nous apprêtons pour un voyage dont nous sommes conscients que nous pourrions ne pas revenir vivant. Le stade du 4 août est notre point de départ et Djibo, notre destination finale, à 216 km de la capitale. Un voyage périlleux visant à ravitailler le chef-lieu de la province du Soum, sous blocus imposé par les groupes armés terroristes.

L’initiative est du Groupe d’action pour le Soum, né en avril dernier, grâce à Ahmed Dicko, un ressortissant de la localité résidant à Ouagadougou. Avec Tiga Cheick Sawadogo du quotidien en ligne lefaso.net, Bibata Dicko et Abdoul Fhatave Tiemtoré de Radio Oméga, nous sommes quatre journalistes pour la mission. Nous apprendrons plus tard que certains médias n’ont pas répondu favorablement à l’invitation à cause de l’insécurité dans la zone.

Une cinquantaine de personnes profitent de la mission pour y retourner. Parmi elles, des ressortissants du Soum bloqués à Ouagadougou suite à la mise en quarantaine de la ville à cause du Covid-19. D’autres sont des fonctionnaires de l’État, ayant fui la localité à cause de l’insécurité mais contraints d’y retourner sous peine de sanction. Est également de la mission, Newton Ahmed Barry, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et membre du comité du Groupe d’action pour le Soum.

Prévu pour 5 heures, le top départ est finalement donné autour de 6 heures 30 minutes sous escorte de l’armée de terre, de la gendarmerie et de la Police nationale. Le cortège rallie Kongoussi, dans la région du Centre-Nord, à 114,5km de Ouagadougou, autour de 9 heures 40 minutes. Le dispositif sécuritaire se renforce à partir de là, avec des binômes de militaires à motos, des blindés, des pickups équipés de fusils mitrailleurs, le tout appuyé par une couverture aérienne.

En zone dangereuse

 A partir de la commune de Yargo, le cortège s’arrête. Les militaires font des va-et-vient et échangent entre eux. D’autres surveillent les deux côtés de la voie, en position de combat. Nous venons de nous engager dans la zone hautement risquée du trajet, où les incidents terroristes sont répétitifs. C’est dans ce village que s’est aussi arrêté le bitumage de la route Kongoussi-Djibo, lancé le 12 août 2016 par l’ancien Premier ministre, Paul Kaba Thiéba. « L’entreprise chargée d’exécuter les travaux sur ce tronçon Yargo-Djibo a subi plusieurs attaques terroristes contre ses installations et a finalement plié bagages », raconte un habitant de la localité.

Quelques minutes après, les binômes à motos ouvrent le passage. Les soldats sont aux aguets, prêts à faire feu. Le cortège atteint Namisiguia, épicentre du blocus, dans une progression à pas de tortue. Ce que nous entendions depuis Ouagadougou à travers les médias et les réseaux sociaux nous le vivons maintenant dans la réalité. Au moins dix véhicules de transport de marchandises sont bloqués  durant des jours. Ils profitent de notre passage pour rallier Djibo après quelques échanges avec les militaires. Ce sera le même scénario à notre retour avec les transporteurs voulant regagner Ouagadougou mais bloqués à la sortie de la ville par peur des attaques terroristes.

« La zone dangereuse est à environ 10 kilomètres après Namisiguia », confie un jeune homme qui fait route avec nous. Près d’une heure de route et nous y voilà. C’est une vaste zone boisée et dense, à perte de vue, située dans le village de Gaskindé. Là, le convoi évite la route officielle et se fraie des passages dans les arbustes, par crainte d’engins explosifs improvisés. Au moins quatre attaques à l’explosif ont été enregistrées dans cette zone au cours de l’année 2019. En mars, un tricycle transportant des orpailleurs et un car de transport en commun y ont sauté sur une mine. Deux militaires y ont péri en octobre suite à l’explosion de leur véhicule. C’est sur cette voie également que le défunt maire de Djibo, Oumarou Dicko, a été́ assassiné avec ses trois compagnons, en novembre. En route pour Ouagadougou, leur véhicule a sauté sur une mine. Le maire qui avait survécu à l’explosion a été abattu à bout portant. A toutes les 15 ou 20 minutes, le convoi s’arrête. Les FDS inspectent les environs pour s’assurer de l’absence de menace avant de progresser.

Dans le bus, c’est un silence glacial. L’atmosphère s’alourdit. Par moment, des passagers jettent des regards furtifs à travers les vitres pour voir s’il n’y a pas de danger à l’extérieur. Chacun vit à sa façon la peur d’être attaqué.

« Les terroristes ont créé un passage qui va du Mali, en passant par le village de Belehede et Kobawa, reliant Gaskinde ou parfois Koubel-Alpha qui sont à quelques kilomètres de l’axe Namisiguia-Djibo. Pratiquement tous les véhicules enlevés sur cette route ont quitté le pays par ce passage. Le même passage permet de continuer à l’ouest de la route nationale 22 par les villages de Gargaboule, Pobe Mengao et rallier Petegoli pour le Mali ou pour se cacher dans la forêt dense entre Pobe-Mengao et Toulfé », avance un habitant de la zone, contacté par téléphone, pour expliquer pourquoi les groupes armés ont de l’assise dans cette partie du Soum.

Depuis le début du blocus, tous les véhicules de transport qui ont tenté le passage sans couverture sécuritaire ont subi la furie des terrorises. C’est le cas de trois camions remorques et d’un minibus. Leurs occupants, nous ne savons pas ce qui leur est arrivé. Au bord de la route, un corps humain sans vie est en train de perdre sa chair. « C’est celui d’un terroriste abattu suite à une embuscade, le 2 mai 2020, contre une équipe de la gendarmerie à Pobé-Mengao », confie un résident de la localité. Nous en compterons cinq autres le long du trajet avant de poser nos pieds à Djibo à 14 heures 17 minutes, soit après près de 8 heures de route. Le trajet Ouagadougou-Djibo prend au maximum 4 heures de temps malgré le mauvais état de la voie avant l’avènement de l’insécurité.

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