Mis en examen de Jean Claude Bouda : Sa vie en prison

L’ancien ministre de la Défense nationale et des anciens combattants Jean Claude Bouda séjourne depuis le 26 mai à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). L’ex ministre a été mis en examen par le juge d’instruction du cabinet numéro 03 du pool économique et financier du Tribunal de grande instance de Ouagadougou pour faux et usage de faux en écriture privée, délit d’apparence et blanchiment de capitaux

Par Atiana Serge OULON atioul7@yahoo.fr

Jean Claude Bouda est en observation à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Il a été placé dans une salle aménagée pour la circonstance. Cette mesure entre dans le cadre des dispositions prises pour juguler la propagation du Covid 19 en milieu carcéral. Tout nouveau détenu de la MACO est systématiquement placé en quarantaine pendant 14 jours. S’il ne présente pas les signes de la maladie, déclarée pandémie mondiale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) après la phase d’observation, il sera placé dans un des quartiers de la Maison d’arrêt selon le règlement pénitencier. L’ancien ministre a pu recevoir quelques visites des membres de sa famille. Il reçoit ses repas de sa famille.

Après sa mise en examen par le juge d’instruction du cabinet numéro 03 du pool économique et financier du Tribunal de grande instance de Ouagadougou le 26 mai dernier, Jean Claude Bouda réfléchit actuellement sur sa stratégie de défense. Le mardi 26 mai, lorsque le juge d’instruction lui a notifié les charges de faux et usage de faux en écriture privée, délit d’apparence et de blanchiment de capitaux qui pèsent sur lui, il n’a pipé mot. Selon plusieurs sources, si le dossier est au Tribunal de grande instance de Ouagadougou c’est que le juge d’instruction a estimé que les faits n’ont pas été posés lors ou à l’occasion lorsqu’il était ministre. De 2016 à janvier 2019, Bouda a été membre du gouvernement en étant successivement ministre de la Jeunesse, de la formation professionnelle et de l’entrepreneuriat puis celui de la Défense nationale et des anciens combattants. La Haute Cour de justice était l’institution la plus indiquée pour enclencher la procédure si les faits posés l’ont été pendant ou à l’occasion de sa fonction. Mais là, selon des sources judiciaires, l’ancien ministre dans la tentative de justification des fonds ayant servi à la construction de sa maison à Manga, ville située à 90 kilomètres au sud de la capitale, a permis au pool économique et financier du Tribunal de Ouaga de traiter du dossier.

Le juge a donc considéré que les faits qui lui sont reprochés sont détachables de la fonction de ministre qu’il a occupé et relèvent donc du droit commun.

La plainte du Réseau national de lutte anticorruption (REN LAC) a été l’élément déclencheur du rouleau compresseur. Sommé de s’expliquer sur l’origine des fonds servis à la construction de sa maison à l’occasion du 11 décembre 2018 dans le chef-lieu de la province du Zoundwéogo, Jean Claude Bouda a évoqué un financement familial et de la vente d’un terrain. Ce qui lui a permis de bâtir la maison au secteur 05 de Manga. Une villa dont la valeur a été estimée par un expert qu’il a lui-même commis à 205 000 000 de francs CFA. Un montant bien élevé du chiffre commis par l’Etat. Cet expert a estimé que la bâtisse coûte 350 000 000 de francs. Il existe donc un écart de plus de 140 000 000 de nos francs. L’enquête du juge d’instruction permettra de trouver le montant juste et accepté des différentes parties. Suivront par la suite les justifications. Il n’y a pas que la villa construite par Bouda qui est source de ses déboires judiciaires.

Le juge d’instruction du pool économique et financier du Tribunal de grande instance de Ouagadougou s’intéresse à l’augmentation importante des ressources de l’ancien patron du ministre en charge de la Défense nationale. Officiellement un ministre perçoit mensuellement un salaire de 1 023 320 francs CFA. Mais de 2016 à janvier 2019 lors de son passage au gouvernement, la fortune cumulée de Jean Claude Bouda a cru de plus de 200 000 000 de francs. Même en tenant compte des avantages octroyés aux membres du gouvernement six mois après leur départ de l’exécutif, les frais de missions, l’écart est toujours énorme. Comment a-t-il pu amasser une telle fortune ? Est-ce le fruit des commissions perçues lors des achats de matériel militaire du temps de sa fonction comme le soutient des militaires dans certains milieux ? L’enquête permettra de situer l’origine du fonds.

Jean Claude Bouda lui a constitué son équipe de conseils. Depuis qu’il est dans le collimateur de la justice, l’ancien ministre est défendu par deux avocats. Le 26 mai lors de sa première comparution devant le juge d’instruction, c’est l’un d’eux Me Moumouni Kopiho qui était à ses côtés. L’ancien bâtonnier Me Mamadou Savadogo du cabinet Sissili conseils forme son duo d’avocats. Une audition au fond devra se tenir dans les jours à venir.

A 61ans, Jean Claude Bouda vit l’un des moments les plus difficiles de sa carrière. Né au XIVè arrondissement de Paris, sorti gestionnaire spécialisé en commerce international de sa formation à l’école de commerce dans la capitale française, il est rentré au pays où il a occupé des postes de responsabilités. Connu pour avoir été pendant 12 ans le directeur général du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), il a également travaillé à l’Office national du commerce extérieur (ONAC).

Sur le plan politique, il a été élu député lors des premières élections législatives sous la IVè république en 1992 mais il n’a pas siégé. Celui qui est le secrétaire chargé de la réforme de l’Etat du bureau exécutif national du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a d’abord été nommé ministre de la Jeunesse, de la formation professionnelle et de l’entrepreneuriat avant d’occuper le maroquin de la défense de janvier 2016 à janvier 2019.

Légende

  • Photo secrétaire exécutif du REN LAC Sagado Nacanabo. La plainte du REN LAC a été le début du dossier judiciaire
  • L’ancien ministre est défendu par deux avocats Me Mamadou Savadogo et Moumouni Kopiho

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