MINISTERE DES TRANSPORTS : La pompe à sous du ministre Dabilgou

Plusieurs structures du ministère des Transports, de la mobilité urbaine et de la sécurité routière telles que l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), l’Agence nationale de la météorologie (ANAM), la Régie administrative chargée de la gestion de l’assistance en escale (RAGAE) injectent chaque année au moins 100 000 000 de francs CFA en appui aux activités du cabinet du ministre. L’argent est viré dans un compte d’une banque commerciale de la place. Pratique illégale, source de détournement de deniers publics dénoncent certains, mutualisation des ressources financières du département ministériel pour des dépenses communes, argue le gestionnaire dudit fonds.

Par Atiana Serge OULON atioul@yahoo.fr

Ce sont les odeurs nauséabondes d’une pratique vieille d’environ une décennie qui se dégagent. Plusieurs établissements ou structures rattachés au ministère en charge des transports octroient chaque année une cagnotte au cabinet du ministre pour ses activités. Un compte spécial dénommé « appui aux activités du cabinet du ministre » a été ouvert dans une banque commerciale de la place. En 2019, l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) a ainsi viré 30 000 000 comme contribution. L’Agence nationale de la météorologie (ANAM) autre structure rattachée au département dirigé par Vincent Dabilgou 50 000 000 de francs CFA. Ce ne sont pas ces seuls organismes du ministère des Transports, de la mobilité urbaine et de la sécurité routière qui cotisent. La Régie administrative chargée de la gestion de l’assistance en escale (RAGAE)  injecte annuellement pas moins 25 000 000 de francs CFA. Elle a par exemple versé plus de 27 000 000 dans cette caisse réservée aux activités du cabinet du ministre. La Délégation aux activités aéronautiques nationales (DAAN) y a contribué pour 50 000 000 de francs CFA. D’autres structures telles que l’Office national de sécurité routière (ONASER) relevant du département des transports injecte dans cette caisse.

Une pratique qui se justifie selon l’explication du gestionnaire du fonds Jean Gabriel Séré par ailleurs directeur de l’administration et des finances du ministère en charge des transports. « Il y a ce qu’on appelle la mutualisation des ressources pour des dépenses communes. Les fonds collectés sont comme une cotisation familiale en vue d’effectuer des dépenses transversales » explique-t-il. Le DAF précise que l’ouverture du compte dans une banque commerciale a été faite par l’Agence nationale de l’aviation civile. L’ANAC fonctionne sur la base des règles de la comptabilité privée « il n’y a donc aucune entorse à la règlementation » souligne Jean Gabriel Séré. Le compte existerait depuis au moins 2011. Les différents ministres en charge des transports de Gilbert Noel Ouédraogo à la date de son ouverture à Vincent Dabilgou actuellement la pratique a été ainsi. Seulement la base légale de ces cotisations au ministère technique de tutelle alors que les structures bénéficient des subventions de l’Etat n’est pas sans poser problème. L’ANAC, l’ANAM, la DAAN, la RAGAE et autres ont elles vocation à financer les activités du cabinet du ministre ? De simples lettres de demande d’appui du ministère à ces structures suffisent-elles à faire virer des millions de francs CFA dans un compte privé ? A qui le cabinet du ministre rend il compte de l’usage de cet argent ?

Outre ces interrogations qui jettent le doute sur la destination de cet argent, selon nos informations un contrôle interne a révélé des irrégularités. Les contributions faites par les structures ne font pas ressortir les pièces justificatives de ces virements. Pour un cadre du ministère, « ce qui se passe au ministère des transports s’apparente à un système de péage instauré auprès des structures rentables du ministère dont la traçabilité des dépenses est introuvable ». Ces actions sont un faisceau de faits qui laisse croire que le ministre des Transports, de la mobilité urbaine et de la sécurité routière (patron du parti le Nouveau temps pour la démocratie –NTD- de la majorité présidentielle), se sert du poste comme tremplin pour assouvir la conquête du pouvoir, s’indigne un cadre du ministère en charge des transports. Ces actes s’inscrivent dans un processus d’accaparement des ressources en vue de se constituer un trésor de guerre pour réaliser cet objectif politique, a-t-il ajouté. « Quel parti de la majorité présidentielle fait autant étalage de moyens sur le terrain », questionne une source à l’interne du ministère.

Encadré

Jean Gabriel Séré et la précampagne

Dotation de motos à des responsables du parti Nouveau temps pour la démocratie (NTD), distribution de postes de télévision à des chefs de village, achats de téléphones portables à de probables militants, gratification de billets de banque… Les soupçons d’utilisation de deniers publics à des fins électoralistes dans le Mouhoun pleuvent. Le directeur des affaires administratives et financières du ministère des Transports, de la mobilité urbaine et de la sécurité routière Jean Gabriel Séré, militant du Nouveau temps pour la démocratie (NTD) est dans le viseur  de ses détracteurs. Les ressources financières du fonctionnaire fût-il inspecteur du trésor et DAF d’un ministère ne lui permettent pas de faire autant de dépense, estiment des hommes politiques au niveau local. Jean Gabriel Séré est en tête de lice dans la province du Mouhoun pour l’élection législative. « Un homme politique doit être un homme de réseau mais je n’utilise aucun franc de l’Etat dans la politique. Ces personnes qui sont dans la délation et le mensonge se méprennent de la gestion de la chose publique. En aucune manière j’ai utilisé un franc de l’Etat pour la précampagne et même la campagne. Les actes posés ne sont pas au-dessus de ma possibilité financière.  Politiquement averti et financièrement analytique, on se prépare en conséquence. Qui veut aller loin ménage sa monture » rétorque Séré président du conseil d’administration de deux sociétés d’Etat, consultant international et enseignant. Suffisant pour faire dégonfler les accusations ? Un audit indépendant pourrait départager.

A.S.O.

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