Les priorités nationales relèguent la recherche et l’innovation au second plan

Le directeur général de l’Agence nationale de valorisation des résultats de recherche et des innovations (ANVAR) et responsable du programme « Valorisation des résultats de recherche et des innovations » du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche Scientifique et de l’innovation, docteur Louis Sawadogo, explique l’insuffisance de financement pour les innovateurs et inventeurs.

Par ITW réalisée par Gaston Bonheur SAWADOGO

 

Qu’est-ce que l’ANVAR et qui peut bénéficier d’un accompagnement de sa part ?

 L’ANVAR est une direction générale du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation (MESRSI). Elle est la structure nationale ayant pour mission principale la conception, la mise en œuvre et le suivi de la politique et des stratégies du Gouvernement en matière de valorisation des résultats de la recherche et des innovations au Burkina Faso.

Les principales missions dévolues à l’Agence à l’article 25 de la loi d’orientation de la recherche scientifique et de l’innovation (LORSI) sont entre autres traduire dans les faits la liaison recherche-développement par une exploitation rationnelle et systématique des résultats de la recherche, promouvoir les innovations technologiques importées et adaptées aux conditions locales et une culture technologique et innovatrice appropriée au sein de la communauté nationale.

L’ANVAR est chargée de la coordination de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de valorisation des technologies, des inventions et des innovations (SNVTII) adoptée en 2012 et relue en 2019.

Comment ANVAR travaille-t-elle à promouvoir les innovateurs et inventeurs ?

L’ANVAR assure un accompagnement des détenteurs de résultats de recherche, d’inventions et d’innovations dans le processus de mise à l’échelle de leurs produits. Nous assurons un appui-conseil dans le processus de protection de leurs trouvailles en collaboration avec le Centre National de Propriété Industrielle (CNPI).

Le Forum national de la recherche et des innovations technologiques (FRSIT), organisé tous les deux ans depuis 1995, constitue une véritable tribune pour accroître la visibilité des résultats de recherche, des innovations et des inventions. Nous disposons également d’une vitrine d’exposition permanente des innovations technologiques.

Les Journées de Valorisations des Technologies, Inventions et Innovations (JVTII), organisées entre deux FRSIT de façon tournante dans les Régions du Burkina permettent aussi de faire connaître les innovations technologiques au niveau décentralisé.

Dans notre parc d’innovation de Bagrépole, nous assurons des formations à entrepreneuriat agricole sur la base des variétés agricoles issues de la recherche.

Notre revue « Anvar-Info » et notre page Facebook contribuent à faire la promotion des inventions et innovations. Nous avons signé des conventions avec plusieurs ONG, incubateurs, structures sous régionales et internationales pour une synergie d’action dans la promotion des inventions et innovations.

Quelles sont les conditions à remplir pour bénéficier d’un accompagnement de l’Agence ?

Etant une structure publique, l’ANVAR accompagne gracieusement tout détenteur de résultat de recherche, d’invention et d’innovation pour la valorisation de son produit. En effet, nous disposons de compétences dans toutes les étapes de la valorisation. Cependant, le fait que l’ANVAR n’ait pas d’autonomie financière constitue un handicap pour accompagner efficacement les innovateurs et inventeurs.

 Depuis la création de l’ANVAR, quels sont les projets d’invention ou d’innovation qu’elle a soutenu ?

Depuis sa création, l’ANVAR a eu à conduire plusieurs projets principalement dans le domaine de la valorisation des résultats de la recherche. Il s’agit notamment du Projet de valorisation des projets locaux (PVLP 2013-2020) qui a pour objectif de faire la promotion des produits locaux à fort impact socio-économique. Il s’agit du souchet, du tournesol, du sésame, du fonio, du kénaf et des blocs multi-nutritionnels pour le bétail, de la patate à chair orange, du manioc, du riz, du karité, etc. Le projet Valorisation des variétés de maïs à haut rendement dans l’espace UEMOA (2015-2020) a été aussi accompagné. Il vise notamment à valoriser des variétés à haut rendement de maïs telles que les variétés hybrides Bondofa et Komsaya (pour les zones irriguées), les variétés SR21 et Espoir (pour les zones de bonne pluviosité notamment la zone sud- soudanienne) et les variétés Wari et Barka précoces et tolérantes à la sécheresse (pour la zone nord-soudanienne). Cinq plateformes d’innovation multi-acteurs ont pu être mises en place dans cinq régions du pays.

Par ailleurs, à travers le Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques (FRSIT), l’ANVAR a contribué à la visibilité de nombreux chercheurs et innovateurs. Une centaine de prix, dont le prestigieux prix du président du Faso, ont été attribués à différents chercheurs et innovateurs lors des différentes éditions. Certaines entreprises et startups dont KATO ! AgryPyramide Salgatech ont pu prendre leur envol grâce au FRSIT.

 La quasi-totalité des inventeurs et innovateurs que nous avons rencontrés se plaignent d’abandon par l’État. Pas de financement et en plus les taxes douanières sont très chères quand ils doivent importer du matériel pour leurs expérimentations. Comment expliquez-vous cela ?

L’insuffisance de financement est un problème récurrent. Les priorités nationales par rapport aux moyens de l’Etat relèguent la recherche et l’innovation au second plan. Néanmoins, il est mondialement reconnu que la recherche et l’innovation sont le moteur du développement d’un pays.

Dans les pays développés, ce sont les industries qui financent la recherche et l’innovation. Dans les pays sous-développés comme le Burkina Faso, le faible développement du tissu industriel constitue un handicap au financement des innovations locales. En outre, les innovateurs ne connaissent pas les besoins des entreprises et industries. Ces derniers à leur tour ne connaissent pas les résultats de recherche et les innovations pouvant booster leurs affaires. Il faudra pouvoir instaurer un partenariat gagnant-gagnant entre les générateurs d’innovations que sont les chercheurs, les innovateurs et inventeurs et les utilisateurs que sont les entreprises et industries. Il faudra que les résultats de recherche et les innovations correspondent aux besoins des entreprises. Il faudra également que les entreprises puissent exprimer leurs besoins pour permettre d’orienter la formation et la recherche.

Bien qu’il y ait un grand nombre d’innovateurs, la majorité d’entre eux ont besoin de formations sur plusieurs domaines notamment le montage de projets banquables et pour mieux valoriser leurs investissements.

Toutefois, ces dernières années, l’Etat fait un effort pour mettre en place un environnement juridique et législatif favorable au développement des entreprises et des industries.

 Quelles sont actuellement les perspectives concrètes en faveur des innovateurs et inventeurs ?

Présentement l’écosystème est favorable à l’éclosion des innovations. Le contexte sanitaire actuel marqué par la pandémie du COVID-19 confirme cela avec le foisonnement de plusieurs offres innovantes pour lutter contre la maladie.

Nous avons procédé à la relecture de la SNVTII qui court de 2020 à 2024 pour prendre en compte les préoccupations actuelles en matière de valorisation des résultats de recherche, des inventions et innovations. Le Plan d’actions triennal glissant (PAT-G) (2020-2022) est budgétisé à hauteur de 17 600 000 000 de francs CFA. Si ce programme est exécuté normalement, cela impactera positivement les innovateurs et inventeurs.

En outre, le Fonds national pour la recherche et l’innovation pour le développement (FONRID), qui finance surtout la recherche scientifique, a été outillé pour financer également des travaux d’innovations et d’inventions. La mise en place de programmes comme Burkina Start-up financé par le Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) permet d’accompagner les innovateurs et inventeurs.

La majorité des banques et autres institutions financières ont mis en place des mécanismes de financement des innovations et inventions.

Les universités publiques et surtout privées mettent de plus en plus l’accent sur la formation à l’entrepreneuriat. En outre, il y a une multiplication des écoles et lycées professionnels qui mettent l’accent sur l’innovation.

L’accent mis par l’Etat sur la consommation des produits locaux est favorable à la création d’entreprises qui utilisent les résultats de recherche et des innovations. Nous osons espérer que la prise de conscience de l’importance de la recherche et de l’innovation acquise dans le contexte actuel marqué par les enjeux sécuritaire et sanitaire va permettre de renforcer les financements et la formation des innovateurs et inventeurs pour répondre à ces défis.

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