La réconciliation nationale, un enjeu stratégique électoral

Germain Bitiou NAMA

Plantons le décor. Voilà bientôt cinq ans que le Burkina est confronté à des problèmes sécuritaires d’une extrême gravité. Le terrorisme s’est installé dans le pays et depuis c’est le deuil permanent dans les familles. Au terrorisme se sont superposés des problèmes communautaires et identitaires, amplifiant d’autant le mal être des burkinabé. Pour en rajouter à ce sinistre environnement, la pandémie à coronavirus s’est invitée, avec sa cohorte de morts, doublée d’une paralysie quasi-totale de l’activité économique et sociale. Tel est le décor dans lequel se joue le sort de l’élection présidentielle de novembre 2020.

Peut-on dans ces conditions tenir des élections ? Les conditions sont-elles réunies pour en assurer la crédibilité ? Ces deux questions résument à elles seules la problématique électorale, en même temps que sa complexité. Le débat aujourd’hui se polarise autour des partisans et des adversaires de la tenue des élections et les arguments ne manquent pas dans les deux camps.  L’argument sécuritaire est la principale objection de ceux qui disent que tenir les élections en l’état actuel, c’est exclure de nombreux burkinabé du droit de vote. C’est une violation disent-ils d’un droit constitutionnel. Il se pose en effet la question du vote des déplacés ainsi que les habitants des zones à risques en raison de l’insécurité. Plus de 800 000 selon le pointage fait en avril par le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies. Au-delà de ces préoccupations qui sont réelles, la bonne question c’est de savoir quelles réponses politiques et techniques à leur apporter. Est-il techniquement possible de régler la question du vote des déplacés internes ? Concernant les zones d’insécurité, quelles sont les mesures à prendre pour les réduire à défaut de les éliminer? On peut au moins affirmer que ces préoccupations comportent des réponses positives en théorie.  Toutefois, le terrain étant potentiellement mouvant, les alternatives sont également dynamiques par nature.

« Notre classe politique vieillissante est en panne d’inspiration. Tant que la réconciliation nationale demeurera un fonds de commerce pour politiciens en panne, le Burkina continuera de porter sa croix. »

A ce débat se greffe une autre problématique portée par de grandes voix politiques que l’on peut ainsi résumer : pas d’élection sans réconciliation nationale. Depuis le rapport du collège de sages, la réconciliation nationale est un concept éminemment clivant. Certes, aucun burkinabé ne   se dit opposé à la réconciliation nationale mais les approches politiques proposées divisent profondément. Si depuis près de vingt ans les Burkinabé n’ont pas pu s’entendre autour de ce concept, vouloir en faire un préalable pour la tenue de l’élection de novembre 2020 traduit une compréhension légère pour ne pas dire suspecte de la réconciliation nationale. Croire que des arrangements politiques à la hussarde suffiront à panser les fractures sociales que traine notre histoire nationale depuis des décennies est un leurre de plus. Tout comme l’a été la réconciliation nationale versus Blaise Compaoré dont les plus grands chantres  cherchent encore aujourd’hui à nous vendre du vent. Aussi longtemps que ces hommes demeureront dans cette posture, ils ne convaincront personne sur leur volonté réelle d’aller à la réconciliation. Sont-ils à ce point aveugles au point de croire que les Burkinabé ne voient pas clair dans ce jeu ?  Ils peuvent s’arranger avec Monsieur Roch Kaboré pour recomposer à leur manière le paysage politique afin de se faire une place au soleil, mais ils n’auront rien changé à la situation des Burkinabé qu’ils ne comprennent pas, tout simplement parce qu’ils n’ont pas les mêmes rêves. Tout compte fait, comme d’autres l’ont déjà dit, notre classe politique vieillissante est en panne d’inspiration. Tant que la réconciliation nationale demeurera un fonds de commerce pour politiciens en panne, le Burkina continuera de porter sa croix. Ce n’est pas dans un tel sillage que les jeunes du Burkina pourront relever le défi de la bonne gouvernance politique et du développement !

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