La nature et le sens du « dialogue politique »

Par Germain B. NAMA

L’onde de choc de Solhan a mis en avant le cadre (in)formel du dialogue politique, ce machin qui nous vient du génie de Blaise Compaoré conçu comme une soupape pour évacuer le trop plein de tension ou de passion d’une classe politique mécontente. L’initiateur originel, dans le but de garder la main, a pris soin de ne pas en clarifier la nature pour ne pas risquer de s’enfermer dans des procédures préalablement définies que ne manqueraient pas d’exploiter contre lui des opposants toujours en embuscade. Eh bien puisqu’ainsi conçu, il comporte des avantages certains, Roch Kaboré qui n’est pas un agneau politique a vite fait de l’endosser, quitte à créer sa différence par une plus grande flexibilité.

Si l’opposition politique accepte d’entrer dans le jeu, c’est qu’à défaut de mieux c’est tout de même bon à prendre. Mais alors, il faut donc que chaque acteur reste dans son rôle et joue le jeu qui est le sien.

Qu’est-ce à dire ?

A travers les partis de la majorité présidentielle dûment mandatés, le président du Faso envoie le signal qu’il est tout ouï pour entendre les suggestions de l’opposition sur les questions inscrites à l’ordre du jour. Il s’agit en effet de questions pressantes touchant soit à la sécurité de la nation, soit à l’organisation de la vie politique nationale ou à toute autre question importante qui s’inviterait dans l’actualité nationale comme la très controversée question de la réconciliation nationale.  Il s’agit dans l’entendement du président de recueillir des avis en vue d’éclairer ses choix selon le bienheureux principe selon lequel les voix discordantes renseignent davantage sur la complexité des situations que l’unanimisme qui confine bien souvent au conformisme.

” D’aucuns estiment que le dialogue politique a échoué au premier round, parce que les acteurs politiques ne se sont pas entendus sur tous les points. J’affirme que ce regroupement n’a pas vocation à s’entendre mais à s’écouter”

Mais pour que le dialogue soit fécond, il faut de la part de tous les acteurs, bonne foi, patriotisme et sens de l’intérêt supérieur de la nation. C’est aussi la condition pour que le dialogue politique, en tant qu’organe d’échanges et de contributions ne soit pas perçu par les burkinabé comme un corps exogène à la nation. Les hommes politiques en ont-ils vraiment conscience ?

A les voir s’exprimer, on a plutôt l’impression que ces derniers se livrent à un jeu de rôle où chaque acteur s’arcboute sur les intérêts de son camp mettant au second plan la république, la Constitution et ses normes et même le pays. Il faut cependant prendre garde à ce petit jeu. Il y a un acteur toujours marginalisé qui veille au grain. Il importe de rappeler que le cadre du dialogue politique est toujours en quête de légitimité. C’est à travers des acquis tangibles en termes de contributions pertinentes qu’il gagnera ses lettres de noblesse. Par ailleurs on pourrait opportunément rappeler qu’il existe un cadre légal de partage, constitutionnellement consacré qui est l’Assemblée nationale. Il n’est pas uniquement là pour voter des lois et consentir l’impôt, il a aussi vocation à connaitre des grandes questions qui concernent la vie de la nation.  Il appartient à nos acteurs politiques de démontrer qu’ils ne sont pas en train de contourner cette institution républicaine pour concocter des arrangements entre « copains et coquins ». L’acteur négligé qu’est la société civile, représentative des forces vives de la nation pourrait se voir obligé de rappeler à l’ordre le landernau politique qui a tendance à oublier cette chose capitale : Consciente, la société civile est une force incontournable.

D’aucuns estiment que le dialogue politique a échoué au premier round, parce que les acteurs politiques ne se sont pas entendus sur tous les points. J’affirme que ce regroupement n’a pas vocation à s’entendre mais à s’écouter. Il appartient à ceux qui ont été portés au pouvoir et qui doivent répondre de leur mandat de savoir tirer profit des échanges en vue de bonifier leur gouvernance.

 

Voir aussi

Notre bonhomme de chemin !

Par Germain B. NAMA En ce mois de mai 2001, nous étions quatre mousquetaires à …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *