Les restes du bâtiment abritant la maternité, les urgences médicales, l’ophtalmologie, l’odontostomatologie et la psychiatrie après l’incendie

KONGOUSSI : L’hôpital agonise

 

L’incendie du 20 août 2018 a aggravé la situation de précarité dans laquelle se trouve le Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Kongoussi., seul centre de santé de référence du chef-lieu de la province du Bam. La population de la province du Bam est dans le désarroi.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

« La population rencontre d’énormes difficultés. Pour certains examens, il faut se rendre au Centre médical diocésain du Bam où c’est parfois plus cher », confie Abdoul Aziz Sawadogo, président de l’Organisation démocratique de la jeunesse (ODJ), section du Bam.

« Le CMA manque presque de tout. Le bloc opératoire n’a pas de réfrigérateur pour la conservation des produits anesthésiques. La deuxième salle opératoire ne fonctionne pas parce qu’elle n’est pas équipée de scyalitique (système d’éclairage utilisé dans les salles opératoires, Ndlr), de moniteur multiparamétrique (appareil servant à mesurer en temps réel et à enregistrer divers paramètres liés à l’état de santé d’une personne, Ndlr), de table opératoire. Bref, le nécessaire pour une intervention chirurgicale. Aux urgences il manque d’oxygène, d’extracteurs d’oxygène, de source secondaire d’électricité, de tensiomètre. Le service ORL (Ndlr : oto-rhino-laryngologie, une spécialité de la médecine qui soigne les maladies de l’oreille, le nez, la gorge, le larynx) n’a pas de salle de consultation. L’absence de chirurgien général fait aussi que les blessés par balles ou par éboulements sont systématiquement évacués à Kaya ou à Ouagadougou », rapporte l’attaché de santé en anesthésie, André Sawadogo.

Le CMA de Kongoussi souffre d’un manque d’infrastructures et de matériel médico-technique. La situation s’est aggravée avec l’incendie du 20 août 2018 qui a détruit la maternité, les urgences médicales, l’ophtalmologie, l’odontostomatologie et la psychiatrie.  Les attaques terroristes dans la province ont également provoqué la fermeture de CSPS dans la province du Bam comme ceux des villages de Momené, Sintenga, Nafo et Singa-rimaïbé. Au moins 45 472 personnes ont fui ces attaques pour trouver refuge dans la ville de Kongoussi, chef-lieu de la province, a révélé le directeur provincial en charge de l’action humanitaire, Ousseni Kaboré. C’était le 27 janvier 2020 à Kongoussi, lors d’une session du Conseil provincial de secours d’urgence et de réhabilitation (COPROSUR) du Bam, dont il est le vice-président.

« Il manque trois tables d’accouchement, d’oxygène, d’extracteur d’oxygène à la maternité. Le service d’odontologie n’a pas de fauteuil dentaire. Nous sommes obligés de libérer les malades hospitalisés dès qu’ils se sentent un peu mieux pour pouvoir prendre en charge les nouveaux arrivants », confie André Sawadogo. « Nous partageons la pédiatrie avec la médecine, avec une seule table de consultations pour les enfants et les adultes. Parfois on est obligé de faire les consultations à la hâte pour pouvoir recevoir tout le monde », ajoute pour sa part Philomène Sawadogo, attachée de santé en pédiatrie.

La reconstruction des services incendiés bloquée par manque de moyens

 Après l’incendie, les agents de santé ont été délocalisés au centre médical diocésain du Bam (CMDB), le temps de trouver des solutions rapidement. Lors d’une visite au CMA, le 21 août 2020, une délégation gouvernementale composée du ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation et de la cohésion sociale, Siméon Sawadogo et de son homologue de la solidarité nationale et de la famille, Laurence Ilboudo, avait prévu l’équipement des Centres de santé et de promotion sociale (CSPS) urbains du secteur numéro 1 et du secteur numéro 5 comme solution palliative.

Trois jours après, une mission conjointe de la direction générale de l’offre de soins (DGOS), la direction générale des études et des statistiques sectorielles (DGESS) et l’office de santé des travailleurs (OST) s’est rendue à Kongoussi, le 24 et 25 juillet 2020, sur instruction du ministère de la santé. L’objectif a été d’évaluer l’ampleur des dégâts et proposer des solutions. Parmi les solutions il s’agissait d’électrifier le CSPS du secteur numéro 1. « Le comité de gestion du CMA y a installé des panneaux solaires. Cependant, l’énergie générée est faible et ne permet pas de travailler la nuit », témoigne l’attaché en anesthésie, André Sawadogo. Quant à celui du secteur numéro 5, « il devait être transformé en centre médical par la dotation d’un laboratoire et l’augmentation de sa capacité d’accueil dans un délai de trois mois. Un bloc opératoire a également été prévu dans un délai de 6 mois. Mais rien n’est fait jusqu’à présent », poursuit-il.

Une reconstruction du CMA devait intervenir dans un délai de deux ans maximum. Le ministère de la Santé a confié les travaux à Focus Sahel Development SARL, une entreprise spécialisée dans la maîtrise d’ouvrage déléguée, qui venait d’achever les travaux du CMA de Kossodo, à Ouagadougou. Celle-ci après étude des besoins faites en février 2019, estime qu’au moins 325 000 000 francs CFA sont nécessaires pour que le CMA de Kongoussi fasse peau neuve. Le dossier est validé mais le ministère évoque un manque de moyens et change de feuille de route, confie une source. Il est désormais question de réfectionner les services existants et reconstruire le bâtiment abritant les services détruits par l’incendie, tout en conservant ce qui peut l’être comme la fondation pour minimiser les coûts.

La première phase consiste essentiellement à effectuer des retouches de peinture et de tyrolienne, corriger l’étanchéité des chéneaux et la plomberie, traiter des fissures, fixer des ventilateurs, refaire les installations électriques ou poser des lampes et des carreaux pour permettre la reprise des services. Ces réalisations ont porté sur le laboratoire, la maternité du CSPS niché, la radiologie, la pédiatrie, le bloc opératoire, le bâtiment de chirurgie, d’anesthésie, la salle de réunion et des bâtiments administratifs.

Pourquoi le renforcement de l’équipement des CSPS du secteur numéro 1 et du secteur numéro 5 n’ont pas eu lieu ? Pourquoi, la convention n’a toujours pas été signée avec Focus Sahel Development ? A quand la seconde phase consacrée à la reconstruction de la maternité, des urgences médicales, de l’ophtalmologie, de l’odontostomatologie et de la psychiatrie ? Une demande d’interview, en date du 3 juillet 2020, adressée au ministre de la santé, le professeur Claudine Lougué, est restée sans réponse.

La province du Bam a enregistré près de 88 000 personnes déplacées internes (PDI) à la date du 27 janvier 2020, réparties sur l’ensemble de ses 9 communes (Kongoussi, Bourzanga, Guibaré, Nasséré, Rollo, Rouko, Sabcé, Tikaré et Zimtanga). à cause des attaques terroristes dans la zone. La ville de Kongoussi, chef-lieu de la province héberge plus de la moitié de ces déplacés. Au moins 40 CSPS sont répartis dans ces différentes communes et n’ont que le CMA comme seul centre de référence, confie le médecin, chef de district, docteur Hamadé Ouédraogo.

Djibo, dans la région du Sahel étant inaccessible à cause des attaques terroristes, des habitants de la province du Soum et Yatenga et dans la région Nord, viennent à Kongoussi pour se faire soigner, ajoute l’attaché en anesthésie, André Sawadogo. « Dans ce contexte de surpopulation et avec la saison hivernale, si des maladies épidémiques tels le choléra, le paludisme, la dengue surviennent, les agents feront de leur mieux mais la situation sera incontrôlable », souligne-t-il.

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