Football burkinabè : L’accord qui sauve le Fasofoot d’une crise

Pas de boycott du championnat ni de relégation de clubs en deuxième division pour la saison prochaine. Des clubs qui exigeaient un préalable avant toute participation au championnat national de football de première division ont trouvé un accord sur plusieurs aspects de leur revendication avec la Fédération burkinabè de football. Le football pourra reprendre sur les différents terrains et stades.

Fait inédit dans le football burkinabè. De mémoires de la plusieurs des acteurs du football burkinabè, c’est la première fois que des clubs décident de prendre en otage le championnat national de football de première division. Au départ, l’affaire semblait banale. Un groupe de huit clubs composés de Rahimo FC, Salitas FC, Majestic SC, l’ASFB, l’EFO, l’ASFA Yennenga, les Léopards de Saint Camille décident de boycotter la reprise du championnat national de football de première division. En tête, le jeune président de Majestic Sporting Club Adama Ouédraogo aux côtés du colonel Yacouba Ouédraogo, président de Salitas FC, Rahim Ouédraogo président de Rahimo FC. Après une discussion avec les clubs le mardi 22 février 2020, un accord a été trouvé entre ces huit clubs et le président de la Fédération burkinabè de football (FBF) Lazare Banssé.

A l’issue de la rencontre, la FBF a finalement communiqué la police d’assurance exigée par les « frondeurs » et autoriser les clubs à porter des maillots avec leurs propres sponsors alors que les clubs qui dérogeaient à la règle était sanctionnés d’une amende financière puis pour cette saison du retrait d’un point. En plus, la FBF a consenti à ramener les frais de réclamations à 25 mille francs CFA. Concernant la subvention, Lazare Banssé a demandé du temps à ses interlocuteurs pour vérifier les comptes avant de proposer une augmentation progressive de la subvention qu’il avait promis à hauteur de 30 millions de francs CFA. « S’ils ont fait ça, c’était pour montrer que ces promesses de campagnes étaient démagogiques », explique un journaliste sportif.

Genèse du conflit

Ce conflit était pourtant évitable. Tout a commencé par une lettre adressée au président de la Fédération burkinabè de football (FBF) Lazare Banssé le vendredi 11 septembre 2020 pour réclamer des « éclaircissements » sur les assurances contractées par la faitière du football burkinabè au profit des clubs. Les huit signataires protestent contre « la déduction des frais pour l’assurance sans une communication préalable et de la non-transmission de la police d’assurance aux clubs afin que ceux-ci sachent les sinistres qui sont couverts ».

Ces clubs s’insurgent également contre l’obligation faite aux équipes de porter des maillots avec le logo du sponsor du championnat, le versement de 50 000 francs CFA pour réclamation. En plus, les clubs exigent du président Lazare Banssé qu’ils respectent sa promesse de doubler la subvention octroyée aux clubs qui est de 15 000 000 de francs CFA avant son arrivée. Plutôt que de se présenter lui-même, le président de la FBF dépêche son premier vice-président Ibrahim Yanogo, président du Rail Club du Kadiogo (RCK). Un manque de considération pour les protestataires. Bien que la rencontre se soit déroulée sans incident, le contenu de la réunion ne donne pas satisfaction malgré la décision d’augmentation de la subvention des clubs féminins qui passent de deux millions à cinq millions de francs CFA. Pour les huit clubs, le président Banssé n’a pas mesuré l’ampleur de la situation en ne se présentant pas pour ce qui est de sa première rencontre officielle avec les clubs de D1.

Premier compromis

Cependant, le vendredi 18 septembre 2020, en match d’ouverture, Les Léopards de Saint Camille sont sur le terrain face à Vitesse FC de Bobo-Dioulasso. L’équipe de Ouagadougou remporte la rencontre (3-2). Surprise. Dans le camp des frondeurs, l’on crie à la trahison. Des clubs décident de ne pas boycotter le championnat. « Nous avions été surpris de voir le vendredi matin, un spot de la RTB qui annonçait la retransmission en direct du match Léopards de Saint Camille contre Vitesse FC de Bobo-Dioulasso. Nous nous sommes dit qu’il fallait au moins honorer cette rencontre pour ne pas avoir la presse sur notre dos. Effectivement, les clubs qui n’avaient pas été impliqués dans cette prise de décision avaient décidé de ne pas respecter le mot d’ordre de boycott », explique un dirigeant. En effet, le public est surpris de constater que le Rahimo FC qui affrontait l’AS Police était absent alors que l’équipe de Rahim Ouédraogo a encaissé les frais de déplacements pour Ouagadougou.

Le président Lazare Banssé, visiblement en colère accuse Amado Traoré, son challenger à l’élection du président de la FBF être l’instigateur principal. Il le traite de « mauvais perdant » et menace les « clubs frondeurs » de sanction. Finalement, sept matchs sont boycottés. En position de force, le groupe des huit organise une conférence de presse pour s’expliquer le lundi 21 septembre 2020. « Cette situation va durer  tant que le président de la fédération mettra du temps que la fédération mettra pour répondre à notre requête. Nous lui demandons simplement une relecture du règlement. Malheureusement, au lieu de nous inviter, de nous pour nous écouter le président Banssé a préféré brandir le bâton laissant entendre que le règlement sera respecté dans toute sa rigueur » affirme Boukaré Ouédraogo, président de l’EFO.

Face à la crise, le président Banssé convoque les clubs de D1 au siège de la FBF. Après trois heures de discussion, ils finissent par trouver un accord qui arrange tout le monde. Le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré, le ministre des Sports et des loisirs Daouda Azoupiou auraient personnellement intervenu pour calmer les tensions et appeler à la négociation pour une sortie de crise. Pour certains observateurs, le président Lazare Banssé a bien compris lors de cette rencontre que les tensions entre les acteurs du football burkinabè est plus profonde que ce qu’il pensait. Pour eux, c’est à partir de cette réunion qu’il est devenu véritablement le président de la FBF. « En tout cas, il a compris qu’il y a beaucoup de choses floues qui se passent. Je pense que les choses vont réellement changer », explique un dirigeant de club.

Les conséquences

Cette rencontre permet de sauver la saison et évite une crise. Une perturbation du calendrier de la saison aurait pu être préjudiciable à la Ligue de football professionnel (LFP) qui souhaite terminer la saison à la fin du mois de mai comme le prévoir le calendrier international. Cependant, sept des huit clubs « frondeurs » débutent le championnat. Cela peut compter en fin de saison puisque quatre clubs doivent descendre en deuxième division pour un championnat qui se joue à 18 équipes. « Depuis que je suis dans le milieu du football, c’est la première fois que j’ai constaté un tel climat lors d’une réunion de la FBF. La plupart du temps, c’était des menaces. Avec cette réunion, les gens vont comprendre que plus rien ne sera comme avant parce qu’on se laissera plus faire», insiste notre interlocuteur. Toutefois, les clubs ont rejeté la requête du colonel Yacouba Ouédraogo de faire rejouer certains matchs. Mais, celle-ci a été rejetée en vue du respect du règlement du Fasofoot qui n’a pas encore été modifié.

Ousmane SADARE

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