De grâce, ne brûlons pas ce pays

Par Germain B. NAMA

Trois événements retiennent notre attention ces derniers temps en raison de leur caractère gravissime. Ce sont les 12 morts de la gendarmerie de Tanwalbougou, les bisbilles autour du trône dans le Gulmu et la poussée de fièvre au sein de la communauté musulmane suite aux dernières déclarations du ministre Rémi Fulgance Dandjinou à propos du non-respect des mesures barrières dans les mosquées. Ces trois événements suscitent en nous des inquiétudes et appellent de notre part ces éléments de réflexion.

D’abord Tanwalbougou. Cette tragédie nous interroge sur le prix que nous accordons dans notre pratique quotidienne à la vie humaine. 12 hommes sur 25 dit-on perdent la vie peu après leur arrestation et pendant leur détention dans une caserne de gendarmerie. Quel qu’en soient les causes, ce fait à lui seul commande à notre avis des mesures administratives conservatoires, immédiates et fortes envers leurs auteurs. Qu’est ce qui a été fait ? Nous n’en savons rien. Mais si de telles mesures avaient été prises, c’est une erreur de ne pas les avoir communiquées en temps réel.

Dans la dernière sortie du Chef de l’Etat à la suite de la réunion du conseil supérieur de défense, nous n’avons rien entendu de tel. Après la mort par asphyxie des 11 détenus dans les locaux de l’unité anti-drogue de la Police nationale, c’est un mauvais signe sur la bonne disposition de nos hommes de tenue quant au respect de la vie humaine. Circonstance aggravante sur le cas de Tanwalbougou, c’est l’existence d’indices suspects tendant à prouver que les détenus ont été exécutés. La justice qui s’est saisie de l’affaire établira assez rapidement nous l’espérons les faits. C’est en effet un impératif d’une extrême urgence car des familles accusent et dénoncent des assassinats sur base de délit de faciès. Le Chef de l’Etat qui a senti le danger a appelé les Burkinabè à proscrire la stigmatisation et son pendant le repli sur soi. Il promet des décisions sans état d’âme, reposant tout de même sur la vérité des faits établie par la justice. Ce sont certes des paroles de sagesse mais elles ne suffisent pas à apaiser. La vérité judiciaire est utile mais elle est trop lente.

En attendant, il est urgent d’agir dans le sens de la prise de dispositions conservatoires d’ordre administratif, social et politique de nature à rassurer sur la volonté réelle de préserver la cohésion nationale, fondement de notre vivre ensemble.

«Le Burkina Faso est un pays déjà bien fragilisé. Si nous n’avons rien à proposer pour le relever, de grâce n’aggravons pas ses fractures. Feu le président Lamizana avait dit et nous le paraphrasons : la Haute-Volta souffre plus de la pauvreté d’esprit de ses fils que de son sous-développement »

Pour parler franchement, le problème ne se limite pas aux hommes en armes. Les Burkinabè sont eux-mêmes (dans une grande proportion) tolérants vis-à-vis des mesures expéditives relativement au traitement du terrorisme. Le délit de faciès leur parait justifié non pas sur une base rationnelle encore moins juridique mais plutôt sur une base statistique et émotionnelle. A leur sens, ceux qui sont appréhendés ne peuvent être que des terroristes surtout s’ils sont Peuls. Et nos « têtes pensantes » ne font rien pour changer le logiciel si elles n’en sont pas les programmeurs occultes! C’est cela le drame qu’il nous faut gérer, en premier lieu les politiques

Passons à la chefferie du Gulmu où deux intronisations ont récemment défrayé la chronique. Nous n’en aurons pas parlé si la situation n’était pas grosse de menace pour la paix sociale voire de la paix civile. Deux rois pour un trône, le fait n’est pas inédit dans nos contrées. Les questions de succession ont toujours nourri des ambitions entre prétendants au trône mais l’existence de mécanismes de régulation voire de règlement des tensions et des conflits a pour l’essentiel épargné le Faso des jacqueries que certains comportements pourraient entrainer. Mais la sagesse n’étant pas toujours la chose la mieux partagée, il est à craindre que des situations du genre ne dégénèrent. Mais de toute évidence, il n’est pas possible de faire coexister deux capitaines dans un même bateau. Des conflits de compétence ne tarderont pas à apparaitre et la tentation de les résoudre par des moyens autres que pacifiques est trop forte. Il est donc important que les mécanismes existants ou à construire, permettant d’aboutir à une solution acceptable et acceptée, aussi bien dans l’ordre coutumier traditionnel que dans l’ordre républicain soient activés. L’exemple du Gulmu peut en cela constituer un cas d’école profitable à l’ensemble des contrées de notre pays.

Enfin zoom sur le troisième et dernier événement qui nous a paru préoccupant au cours de la quinzaine écoulée, c’est la levée de boucliers du côté de certaines organisations musulmanes consécutivement au point de presse du 14 mai dernier donné par le porte-parole du gouvernement Rémis Dandjinou. Ce dernier a-t-il réellement tenu des propos anti-musulmans à cette occasion ? Nous avons visionné l’ensemble des vidéos concernés par la polémique et nulle part nous n’avons relevé des propos tendant à le confirmer. Et pourtant   fébrilité et émoi ont caractérisé certaines prises de position et non des moindres puisque certaines émanaient d’organisations confessionnelles jusque là connues pour leur tempérance. Selon nos sources (elles sont sonores), la rencontre initiée par le ministre Dandjinou avec la FAIB aurait permis d’établir ses propos dans leur contexte et ainsi de restituer la vérité des faits.  Mais alors question. Qui s’amuse à exploiter les sentiments religieux de fidèles musulmans et pour servir quelles fins ? L’histoire des sociétés recèle de pogroms malheureusement programmés par de telles manipulations. Le Burkina Faso est un pays déjà bien fragilisé. Si nous n’avons rien à proposer pour le relever, de grâce n’aggravons pas ses fractures. Feu le président Sangoulé Aboubacar Lamizana avait dit et nous le paraphrasons : la Haute-Volta souffre plus de la pauvreté d’esprit de ses fils que du sous-développement. Tâchons de tirer le meilleur profit de cette parole toute de lucidité et de sagesse.

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