COVID 19 : Les derniers moments de Marvin

Marvin Amadou Sawadogo, l’artiste comme je l’appelais affectueusement, un artiste talentueux que le monde de l’audio-visuel, de la scène et du spectacle pleure aujourd’hui, nous a quitté dans des conditions très douloureuses et troublantes du Covid 19. Amadou était véridique et je me fais l’obligation de retracer les derniers moments de sa vie grâce à un témoignage de sa fille Yasmine Sawadogo. Mon propos n’est pas de dire que rien ne va, au contraire je salue et encourage l’immense travail du personnel soignant. Il s’agit plutôt d’interpeller tout le monde, décideurs, acteurs de la santé, vous et moi, sur une situation qui s’est produite et qui ne devrait plus se produire, pour compléter la chaîne d’hommage à un ami, à une icône du décor.

 

Marvin est allé en consultation parce qu’il ne se sentait pas bien et le médecin au regard des signes de son  patient lui proposa immédiatement d’aller à Centre hospitalier universitaire Tengandogo.
Arrivé à Tengandogo, le 23 mars aux environs de 10h, on lui demande de retourner à la maison appeler au téléphone et une équipe viendra le chercher. Vu la détresse respiratoire dans laquelle il était, les accompagnants décident d’aller vers les cliniques privées. Refus catégorique de deux cliniques privées de référence de l’accueillir au motif qu’elles ne sont pas équipées et par soucis de protéger leurs patients. Désemparé, Marvin décide de retourner à l’hôpital et y faire du vacarme jusqu’à être reçu.  Le témoignage de sa fille Yasmine pathétique.  « A 16h papa, maman, le petit frère de papa et son cousin sommes retournés à l’hôpital. C’est vers 18h qu’il est admis en salle 15 du CHU Tengandogo. Il est sans téléphone portable ; quelques minutes après, mon père nous appelle avec le téléphone d’un autre malade pour dire que ça ne va pas, il n’a pas reçu de traitement alors qu’il respire mal. Il leur demande d’appeler tous ses amis pour les alerter sur son sort. Il a particulièrement insisté qu’il faut appeler le directeur de l’hôpital.

A 19h30, nous étions obligés de partir à cause du couvre-feu voyant mon père par la fenêtre des toilettes dire que ça ne va pas du tout. Entre temps les parents ont pu faire accepter son téléphone. Plus tard à 21h, il appellera dire qu’il a enfin eu du gaz. Le matin du mardi 24 mars à 6h, il a rappelé pour demander du thé et des habits pour se changer de même qu’un pot pour se soulager parce que les toilettes étaient exécrables, mais sur place ils refusèrent de recevoir le thé parce qu’ils ont tout ce qu’ils veulent à l’intérieur. Idem pour les effets d’habillement et le pot.  A 8h, Marvin rappelle pour dire que ça ne va pas, qu’on lui a donné un lit tout couvert de sang et qu’il a refusé de s’y coucher …il a continué de mettre la pression sur nous insistant sur la mauvaise qualité des toilettes et sa demande de pot pour se soulager. Refus encore de l’équipe médicale

La nuit Papa demande du jus parce qu’il n’a pas d’appétit. Le couvre-feu était là. Papa a aussi demandé de lui apporter un calepin et un stylo. Un oncle a pris la nourriture et a collé sur la vitre de sa voiture, « Danger corona virus » et a pu apporter le repas et le calepin à papa.

Que voulait écrire Marvin comme message ? A t il écrit ? Qu’a-t-il dit ? A-t-on bloqué son message?
« Mercredi papa nous appelle pour dire de venir le sortir de l’hôpital à cause de Dieu parce que en dehors de l’oxygène on ne lui donne rien et il ne veut pas mourir cadeau… les gens nous regardent ici  comme des monstres  » raconte Yasmine Sawadogo.  « C’est notre dernier échange avec papa » ajoute-t-elle la gorge nouée.

Le choc de trop

La famille n’était pas au bout de sa douleur. Marvin ne répondait plus aux appels depuis cette dernière conversation du 25 mars dans laquelle il demandait de venir le sortir de l’hôpital à cause de Dieu. Entre temps, son téléphone était éteint mais la famille n’osait pas penser au pire.  Elle multiplie les initiatives. Elle a le contact d’un membre de l’équipe soignante. Les chambres à Tengandogo sont fouillées les unes après les autres. Marvin n’y est pas. Les recherches se poursuivent à la clinique Les Genets où se trouve un autre groupe de malades. Point de Marvin. L’idée leur vint de passer à la morgue le 29 Mars et surprise : ils découvrent une caisse avec la mention « Sawadogo Amadou, décédé le 26 mars avec la mention sans dossier ».
Amadou a eu droit à ce témoignage public parce qu’il était un homme public. Combien de malades sont dans ses conditions actuellement ? combien de corps sont à la morgue à l’insu de leurs proches ? J’ose croire que le cas de Amadou est accidentel et unique.

Paix aux âmes des victimes du Covid, courage à l’équipe médicale, rappelons-nous la nécessité de respecter les consignes de prévention car si le confinement et le couvre-feu sont inconfortables, les conditions d’hospitalisation sont pires.

Ouézin Louis OULON

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