Commune de Madjaori Les terroristes asphyxient la population

« SOS. Madjaori se vide ». C’est le message véhiculé par une pancarte d’un jeune manifestant lors de la marche-meeting contre l’insécurité, organisée le 03 juillet dernier par le Chef de file de l’opposition politique (CFOP). Pour en savoir davantage sur la situation de cette commune rurale de la région de l’Est, L’Evénement a recueilli les propos du maire, Adjima Thiombiano, au téléphone.

Le Maire de Madjoari, Adjima Thiombiano

Pourriez-vous présenter la commune de Madjoari ?

Au sein de la commune de Madjoari on a huit villages et six gros hameaux de culture. Nos activités principales sont l’agriculture, l’élevage la pêche et nous avons au moins trois ethnies : les Gourmantchés, les Mosse et les Peulhs. La population est estimée à 14 000 habitants.

Quelle est la situation sécuritaire actuelle de la commune ?

Présentement, à l’heure où je vous parle (Ndlr l’interview a été réalisé le 05 juillet), sur les 14 000 personnes, celles qui restent [à Madjaori] se chiffre autour de 1 000 personnes. Sur les huit villages et les six gros hameaux de culture, il n’y a même pas un poulet, n’en parlons pas de personnes. Tout est parti. On a été victime d’enlèvements des habitants et des biens. Tout a été emporté par ces bandits. L’année dernière, y a eu l’enlèvement de 14 jeunes.

Vous parlez de bandits ?

Ce sont des terroristes. Ils sont là et ils ont bloqué tous les deux axes principaux. Dans la commune, on en a deux. L’axe qui relie Madjoari à Pama et l’axe qui relie Madjoari à Tapoa. Ils ont barré les deux routes et font du contrôle. Il s’agit de contrôle d’identité, en indexant des villages d’où on n’a même pas le droit de sortir.

Est-ce que des ultimatums ont été adressés aux villageois pour quitter les villages comme cela a été le cas dans d’autres communes ?

Vous-même vous savez bien que si ce n’est pas parce qu’ils ont donné des ultimatums, les villages qui ont quitté n’allaient pas quitter. Premièrement ils ont donné un ultimatum de trois jours à Kodjaari qui est le plus petit village de la commune de Madjoari et [ses habitants] ont quitté. Deuxièmement c’était Namounyouri et puis Momba où ils ont donné des ultimatums à la population. Après cela, ils sont allés vers l’Est, ils ont donné des ultimatums à un hameau de culture, et quatre autres villages. Ils ont quitté aussi. C’était le tour de Tambarga, Gnobtenkoagou et Matambima. Chaque fois, quand ils donnent des ultimatums, nous informons qui de droit qu’un ultimatum a été donné à tel village tel jour et qu’il a trois ou quatre jours pour partir. Mais pas d’actions. Le jour [où ils ont décidé de donner l’ultimatum] à Matambima, ils sont venus sur 18 motos, entrés dans le village et demander [aux habitants] ce qu’ils attendent encore. [Ils leur ont intimé l’ordre de] sortir tout de suite et rapidement. Et avec cette pression-là, ils n’ont même pas pu rentrer dans leur maison prendre quelque chose, ils ont quitté les mains vides. Cela aussi, on [en] a rendu compte à qui de droit pour qu’ils sachent ce que nous vivons.

Vous dites qu’il n’y a pas eu de réaction ?

S’il y avait eu une petite action je pense que cela allait les effrayer. Parce que quand la lettre a été donnée qu’ils (NDLR : les terroristes) veulent déguerpir le village de Kodjaari, sur les axes ils n’étaient pas chaque fois présents comme maintenant. Ils prenaient le contrôle de fois ils se cachaient. Quand ils ont su qu’ils font déguerpir les gens et qu’il n’y a pas de réactions ils se sont installés en petits groupes sur les axes principaux, et peuvent aller là où ils veulent sans inquiétude. Et jusqu’au jour où je vous parle là, ils sont là-bas. C’est pour ça que les gens ont fui. Les terroristes sont là pour empêcher ceux qui sont là-bas (à Madjoari) de bien vivre parce que tu ne peux même pas prendre un petit sachet de sel pour amener à Madjoari. Si tu as des tonnes de vivres tu peux les amener mais rentrer avec un bidon d’eau ils vont prendre ça et verser puisqu’ils interdisent tout ce qui est consommable. Pas de rentrée de produits consommables, pas de rentrée de produits pharmaceutiques.

Où sont allés ceux qui ont fui ?

Certains sont allés vers Madjoari (la ville), d’autres vers Tambarga. Ce sont les deux grandes localités de la commune. Ce qui a beaucoup créé la psychose, ces mêmes personnes sont allées dans un quartier de Tambarga abattre trois personnes. Les gens qui se sont déplacés vers les grandes localités ne sont même pas protégés. Tous ceux qui ont quitté et sont allés vers le centre ont migré vers Gniakabou et Pama.

Mais ceux qui sont restés dans la commune, comment ils arrivent à vivre ?

Ceux qui sont présentement là-bas, les petits stocks qu’ils ont c’est avec ça qu’ils vivent. Mais on sait bien que les stocks vont finir. Quand ça va finir, on se pose la question à savoir qu’est-ce que ces gens vont devenir. L’huile est finie depuis, le carburant est fini. Entre temps même le carburant coûtait 3000F CFA. Le litre d’huile aussi. Nous avons demandé si on pouvait amener les produits par voie aérienne pour au moins les soutenir parce qu’ils ne peuvent pas sortir mais rien.

Quel est votre cri de cœur ?

Aujourd’hui je pense que l’information est largement diffusée, même ceux qui ne pouvaient pas entendre ce que vit la commune de Madjoari l’ont entendu. C’est au gouvernement maintenant de prendre ses responsabilités parce que nous, nous sommes des paysans. Un paysan, s’il n’arrive pas à produire, c’est quelqu’un qui est perdu. Il faut tout faire pour libérer la commune de Madjoari rapidement sinon ça va créer encore autre chose. Parce qu’aujourd’hui, on ne sait pas ce que vont devenir les jeunes. Si ces gens sont dans des coins où ils ne peuvent pas produire, ils vont devenir quoi ? C’est ça la question et c’est notre cri de cœur, C’est ça qui nous préoccupe. On a perdu notre économie. Il y a d’autres même qui vont mourir sans se rattraper. Celui qui avait une cinquantaine de têtes de bœufs, présentement il n’a plus rien, il a pris un certain âge, il va faire comment pour revenir là où il était. Il ne peut plus remonter son économie. Nous voulons seulement survivre, nous voulons que notre commune soit libérée. Comme notre situation intéresse les médias je suis soulagé parce que nous recevons des appels d’un peu partout parce que moi je croyais qu’on était délaissé à un tel niveau que les gens ne s’intéressent pas à notre commune. L’année dernière, il y a eu l’enlèvement de 14 jeunes. Madjoari est victime des attaques et des enlèvements, on n’a pas entendu ça. Ils n’ont pas parlé de ça à la radio ni à la télé et il n’y a pas un média qui a écrit, vraiment ça nous faisait trop mal. Aujourd’hui comme on a vu que tout le monde a pris ça en main nous savons que nous aurons la solution. Je félicite tous ceux qui sont en train de nous aider pour qu’on puisse construire un Burkina Faso de paix.

 

Propos recueillis par Gaston Bonheur SAWADOGO

 

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