Commissariat de police de Wemtenga : Une sombre affaire éclabousse deux commissaires

Une dénonciation d’arnaque d’une société d’assistance à l’immigration au Canada a débouché sur une sombre affaire de tentative d’extorsion de fonds au Service régional de police judiciaire. Deux commissaires de police sont cités pour avoir solliciter 23 000 000 de francs CFA pour classer l’affaire

Par Atiana Serge OULON atioul7@yahoo.fr

Il n’a pas mordu à l’hameçon. Telle pourrait être la conclusion des faits expliqués par le directeur général de la société « Travailler au Canada » Dieudonné Tito. Interpelé par les policiers du service régional de police judiciaire du Centre (SRPJ), Tito s’est retrouvé au cœur d’une offre de paiement d’argent pour se tirer d’affaire. Après avoir passé la nuit du 17 au 18 avril 2020 au violon du SRPJ, il est sorti pour une offre contre sa liberté. Retrait de la plainte à la Section de recherche contre Hamado Nombré pour abus de confiance ainsi que son réintégration à la société « Travailler au Canada » et le versement de 23 000 000 de francs CFA pour les policiers en charge de l’affaire. « Les 20 000 000 c’est pour mes chefs. Je n’ai rien là-dedans. Moi-même tu vas me donner 3 000 000 de francs CFA » aurait affirmé le commissaire Boubacar Ouédraogo à Dieudonné Tito. Tito propose de payer en appelant son comptable qui viendra avec le chéquier. Refus net. L’argent doit être versé en espèce. Rendez-vous est pris pour le lundi 20 avril à 10 h. les choses ne se passeront pas comme prévu. Dès qu’il franchi la porte du SRPJ cette soirée du samedi 18 avril et en possession de ses téléphones portables, il multiplie les appels. Il lui est fortement déconseillé de verser quelques francs que ce soit. Aussi des connaissances lui suggère de s’attacher les services d’un avocat. Ce qu’il fit. Le jour du rendez-vous, le lundi 20 avril lorsqu’il se présente, son avocat Me Augustin Somda est à ses côtés. Il sera auditionné en présence de celui-ci. Le 27 avril il passera signer son procès-verbal.  Le 20 mai lorsqu’il répond à la convocation du commissaire Ouédraogo c’est pour être déféré au parquet. Est-ce ce refus qui a accéléré la procédure contre Tito ? Au regard du caractère complexe du dossier, le substitut du procureur du Faso en charge du dossier ouvre une information judiciaire. Dieudonné Tito est laissé libre tout en étant à la disposition de la justice. Une information judiciaire est ouverte. Le juge d’instruction du cabinet numéro 03 du Tribunal de grande instance de Ouagadougou est saisi. Le vendredi 04 juin, Dieudonné Tito après plusieurs heures d’audition par le juge d’instruction est mis en examen. Il est suspecté d’escroquerie aggravée, faux et usage de faux et blanchiment de capitaux. Tito est laissé libre mais en contrepartie du paiement d’une caution de 05 000 000 de francs CFA et un passage régulier pour signifier qu’il n’a pas quitté Ouagadougou. Dieudonné Tito n’est pas seul à être inquiété par la justice. Son ancien collaborateur Hamado Nombré, est, lui, aussi, mis en examen pour complicité d’escroquerie aggravée, de faux et usage de faux et blanchiment de capitaux. Une mise en examen qui sonne conne un revers pour Nombré par qui tout est arrivé. Les investigations de la police ont permis de saisir trois relevés de notes du baccalauréat et deux diplômes vierges ont été retrouvés. Les doutes du faux portent sur ces documents. Nombré se retrouve embarqué dans cette affaire. C’est lui qui a fait la dénonciation au service régional de police judiciaire du centre contre son ex directeur général. Hamado Nombré qui occupait le poste de chargé de communication avait dénoncé des faits d’arnaque et d’escroquerie contre Dieudonné Tito dans le cadre des activités de sa société « Travailler au Canada ». Après vérification, « Travailler au Canada » est une société légalement constituée, connu des services des impôts et dont les travailleurs sont déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). La société fait dans l’assistance à l’immigration pour tous ceux qui sont intéressés. La société travaille avec un partenaire basé au Canada qui a l’agrément du gouvernement canadien selon Dieudonné Tito. Les précautions sont prises pour assurer chaque client qui s’inscrit et la garantie est donnée de rembourser les frais de tout client qui ne serait pas satisfait. « Depuis que la société fonctionne en septembre 2019, en aucun cas, je n’ai reçu la plainte d’un client » affirme le directeur général Dieudonné Tito. Son ancien collaborateur qui a fait la dénonciation lui estime que des 08 mois qu’il a travaillé dans la société aucun visa n’a été obtenu pour un client. Pourtant les clients affluent et le directeur général se livrerait à des dépenses somptueuses. Ses demandes d’explication sont sans suite et c’est le début de ses problèmes. Dès qu’il a été mis fin à son contrat, il a contacté ceux qui sont venus grâce à sa crédibilité s’inscrire à la société d’ouvrir l’œil pour ne pas se faire arnaquer. Une version des faits balayée du revers de la main par Dieudonné Tito.  « Il a commis beaucoup des fautes. Il donnait une mauvaise image de la société. Campagne pour dénigrer la société, appeler des clients pour les inciter à demander leur remboursement. Il prélevait la moitié de la commission qui revenait aux démarcheurs qui amenaient des clients » affirme Tito. « C’est grâce à moi, à ma crédibilité que les clients se sont inscrits. C’est donc normal que je les conseille de la prudence vue que la société n’a pas obtenu un visa pour quelqu’un depuis que je suis là-bas » explique Hamado Nombré.

« Les 20 000 00 de francs CFA c’est pour mes chefs moi-même je n’ai rien dedans. Tu me donneras moi-même 3 000 000 »

Outre la campagne de dénigrement de la société, Nombré aurait détourner de l’argent de la société révélé par un audit. Des clients se seraient inscrits auprès de lui en versant les frais liés sans qu’il ne verse cet argent dans la comptabilité de la société. Un audit mené par un cabinet d’expertise comptable, a fait ressortir c’est environ 15 000 000 de francs CFA qui a été détourné. Sur cette base, Tito a formulé une plainte depuis le 10 mars à la section de recherche de la gendarmerie contre Hamado Nombré pour menaces, vol, abus de confiance, détention de document de parcelle.

« Nombré n’a pas joué son rôle avec fidélité et loyauté j’ai donc mis fin à notre collaboration dans les règles de l’art tout en suivant la procédure de droit. Ainsi a commencé les problèmes. Une volonté de me nuire. Pour lui, voilà la raison de la dénonciation au service régional de la police judiciaire (SRPJ). Et c’est au SRPJ que la dénonciation va prendre cette tournure d’offre de versement d’argent. Selon Dieudonné Tito, c’est le commissaire de police Boubacar Ouédraogo qui a fait l’offre. L’argent devrait être réparti entre ses chefs dont le commissaire principal de police Sayibou Galbané par ailleurs chef du SRPJ et le substitut du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou Lafama Prosper Thiombiano. Contacté, ce dernier a démenti. Il dit n’avoir jamais été informé d’une garde à vue dans le cadre de cette affaire. Il soutient qu’il n’a été informé que de la dénonciation et du déferrement de la personne mise en cause. Le commissaire Boubacar Ouédraogo lui nie ces accusations. « On a objectivement pris les déclarations des uns et des autres et transmis tout le dossier au parquet » affirme-t-il. Il n’est pas de mon ressort d’exiger quoi que ce soit dans une autre affaire à la gendarmerie. Le policier ne fait pas à sa guise. Le travail est encadré. Documents sur lesquels il y a des soupçons de faux. « En 15 ans de service je suis toujours en location je ne cherche pas l’argent ». « Etre policier ou médecin était mon rêve. Je fais ce métier par vocation ». Le chef du Service régional de la police judiciaire de rejeter en bloc l’accusation portée contre lui. En aucun moment il a instruit son subordonné le commissaire Ouédraogo de faire une telle proposition à Tito pour laisser tomber l’affaire. La direction régionale de la Police du Centre qui a eu vent de l’affaire s’est saisi de l’affaire. Elle n’a trouvé aucune trace d’argent qui a été remis à qui que ce soit. Suffira-t-elle à calmer la tempête qui s’annonce ? Pas si sûr.

 

Encadré

Une plainte contre les commissaires Sayibou Galbané et Boubacar Ouédraogo

Le substitut du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou Lafama Prosper Thiombiano ne décolère pas. Il est nommément cité dans l’affaire puisque le commissaire Boubacar Ouédraogo qui a échangé avec la personne soupçonnée de faux et usage de faux a affirmé que l’argent sera réparti entre ses chefs y compris le procureur Thiombiano. Les déclarations ont été faites devant le juge d’instruction du cabinet numéro 03 du tribunal de grande instance de Ouagadougou. Le substitut Lafama Prosper Thiombiano a formulé une plainte pour diffamation et dénonciation de faits d’escroquerie ou tentative d’escroquerie contre le commissaire principal de police Sayibou Galbané par ailleurs chef du Service régional de police judiciaire du Centre. Le commissaire Boubacar Ouédraogo du même SRPJ est lui aussi visé dans la plainte. Le magistrat qui dit n’être mêlé de près ou de loin à cette affaire souhaite la fermeté de la loi pour sanctionner ces faits et qu’il subisse la même rigueur de la loi s’il s’avérait qu’il y était mêlé. L’audience est attendue.

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