Audit du fichier électoral : Des caprices qui nous coutent des milliards !

Par Germain B. NAMA

Les polémiques sur le fichier électoral national vont-elles enfin prendre fin ? Les suspicions sur l’utilisation par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la base de données de l’Office national de l’identification (ONI) afin d’évoluer vers l’établissement d’un document d’identité unique ayant valeur de carte électorale ?  Ces questions simples, les honnêtes burkinabè se les posent depuis que la CENI a parlé de réformes et singulièrement après le récent passage de l’équipe d’auditeurs internationaux. En effet, les acteurs politiques nationaux avaient fini par transporter leur différend sur le fichier national devant l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et l’Union africaine (UA) qui ont accepté l’arbitrage réclamé par nos belligérants nationaux.

Dans une démarche dite inclusive et transparente, une équipe de 22 experts et personnalités dénommée « comité ad hoc du fichier électoral » a été constituée pour conduire les travaux d’audit.  Le communiqué final qui a sanctionné lesdits travaux  est paradoxalement un véritable hommage à notre expertise nationale ainsi qu’il ressort de ces extraits : « la révision exceptionnelle organisée par la CENI, du 1er janvier au 17 juillet 2020 a permis à 2 377 601 personnes de s’enrôler ; La CENI a garanti l’unicité de chaque électeur, en procédant à un important dédoublonnage des enrôlements multiples, avec 1 425 725 enregistrements identifiés et supprimés sur la totalité de la base de données de 2012 à 2020 ; Ces opérations ont permis de garantir le caractère inclusif du fichier électoral burkinabé, qui atteint aujourd’hui 6 490 926 électeurs ; le rythme des révisions exceptionnelles  depuis 2012 a permis à la CENI de conduire des opérations d’envergure régulières, tout en améliorant constamment la qualité des données du fichier ; la CENI a été confrontée à un grand nombre de défis liés à la situation sécuritaire, à la pandémie de COVID-19 et à des retards logistiques ; elle a su s’adapter pour permettre aux électeurs de 329 des 351 communes(94%) et de 7694 des 9299 villages (83%) du Burkina Faso de participer à l’enrôlement ; la complétude des données des électeurs présente un niveau qualitatif élevé, s’agissant notamment des données biométriques ».

« Si la politique politicienne n’avait pas pris le dessus, le Burkina Faso serait aujourd’hui très loin parmi les pays en pointe, disposant d’un fichier électoral très performant et peu couteux »

Ces extraits non exhaustifs montrent tout de même, qu’avec un minimum de bonne volonté et de bonne foi, les Burkinabè peuvent en toute indépendance faire le travail de nettoyage du fichier électoral que nous voulons. Certes, tout n’est pas parfait dans notre fichier électoral. Loin de là!  L’équipe d’experts a également noté des insuffisances. En effet, relèvent-ils, le cadre juridique burkinabè ne permet pas à la CENI de travailler sur des listes permanentes en s’appuyant notamment sur un état civil efficient et sur un système d’identification unique.

La prise en compte de la CNIB aurait permis de résoudre cette difficulté. Par ailleurs, la nature du système de révision entraine deux faiblesses majeures selon l’audit : « l’accumulation non maitrisée des électeurs décédés estimés dans le fichier électoral entre 280 000 et 320 000 personnes et l’empilement de données désuètes issues des révisions de 2012, 2014 et 2015 ». D’une manière générale, ces faiblesses qui sont connues et clairement identifiées peuvent être surmontées par notre expertise nationale s’il y a de la volonté politique et de la bonne foi de part et d’autre.  Va-t-on maintenant mettre en œuvre avec diligence les recommandations faites par les experts, c’est à dire : intégrer dans le code électoral, la possibilité pour la CENI de conduire une refonte du fichier électoral au moins tous les dix ans, envisager de recourir à la carte d’identité comme pièce valant carte d’électeur ; envisager la gratuité de la CNIB ; développer la synergie existante entre la CENI, l’ONI et la direction générale de la modernisation de l’état civil en vue d’obtenir des listes permanentes.

Si la politique politicienne n’avait pas pris le dessus, le Burkina Faso serait aujourd’hui très loin parmi les pays en pointe, disposant d’un fichier électoral très performant et peu coûteux. En effet, les propositions présentées par la direction de la CENI et qui avaient en particulier séduit la représentation nationale (avant que le vent de la politique politicienne ne passe par là) devaient nous permettre de ne dépenser que 5 milliards de francs pour l’opération d’enrôlement de 2020 au lieu de 32 milliards selon nos sources. Le coût initial était d’ailleurs de 49 milliards avant le flop de la diaspora.

Sur la base de ces propositions, la révision des fichiers électoraux qui allaient suivre en 2025 coûteraient zéro franc au Burkina. Cela parce que une fois l’interfaçage réalisée entre le fichier de la CENI et le fichier de l’ONI, les enrôlements devraient se faire sur le fil. C’est-à-dire que quand à 18 ans vous faites votre CNIB, l’ONI vous réfère directement à la CENI qui vous contacte grâce à votre identifiant personnel pour avoir votre consentement afin de vous inscrire dans le bureau de vote de votre lieu de résidence. De cette façon, le fichier électoral est constamment à jour. Finies donc les opérations d’enrôlement coûteuses à la veille de chaque scrutin. Allez donc comprendre les politiciens qui ont freiné des quatre fers pour rejeter ces propositions.  Et voilà que l’audit international remet ces propositions sur la table. Les politiciens auront-ils cette fois la sagesse de les implémente.

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