Attaques terroristes : Abou Ibrahim, l’ennemi public numéro 1 

Abou Ibrahim de son vrai nom Sadou Cissé figure parmi les terroristes les plus recherchés du Burkina. Son nom revient dans plusieurs massacres de civils. L’Evénement reconstitue les traces de ce dangereux terroriste.

 

Atiana Serge OULON et Kalidou SY

  

La terrible vidéo d’une durée d’une minute et sept secondes a fait le tour des réseaux sociaux et de WhatsApp au Burkina Faso. Dans cet extrait, on y voit quatre jeunes garçons qui, vraisemblablement, viennent d’être amputés de leurs mains. Trois d’entre eux sont assis par terre face à une caméra et un quatrième, allongé de dos, donne l’impression de souffrir le martyr. Derrière la caméra, la voix d’un homme qui tient un discours en langue fulfudé se fait entendre : « La charia dit qu’un voleur, quel que soit son sexe doit être amputé de ses membres. Les égarés, les perdus, Allah les excusera s’ils reviennent dans la voie de l’islam. Tout voleur qui n’a pas été jugé par la charia son jugement n’est pas valable et Allah ne lui pardonnera pas. »

L’homme, auteur de cette déclaration, n’est pas un inconnu dans la sphère djihadiste du Burkina Faso.  Abou Ibrahim c’est son nom de guerre. Il est plus connu au Burkina Faso sous le nom de Sadou Cissé appelé aussi Sadou « Tongomayel », nom du village dans lequel il a grandi. Selon des populations locales, la scène de l’amputation s’est déroulée le samedi 22 mai dernier dans la commune rurale de Déou, province de l’Oudalan dans la région du Sahel. Ce n’est pas le seul fait criminel à l’actif de ce terroriste. Selon une source de la chaîne de renseignement, Sadou Cissé ou Sadou Djibrilou Cissé fait partie de la liste des terroristes les plus recherchés. Il est considéré comme un gros poisson. Transfuge de Ansaroul Islam affilié à Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), Sadou Tongomayel répond présent sur la liste des éléments de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). Il est considéré comme un élément important au sein de ce groupe.

Des massacres de civils lui ont été attribués de par le passé. Le dimanche 12 mai 2019, six personnes dont un prêtre ont été tuées au cours d’une messe dans l’église de Dablo, dans la province du Sanmentenga région du Centre Nord. Quelques mois après, le 1er décembre 2019, 14 autres personnes dont des enfants sont tués alors qu’ils étaient en prière dans une église protestante. L’attaque s’était déroulée à Hantoukoura à Foutouri dans la province de la Komondjari. La pire attaque vécue par le Burkina dans la nuit du 06 au 07 juin 2021 avec un bilan officiel de 132 morts serait-elle son œuvre ? Le mode opératoire, massacre aveugle sans distinguo, et la zone géographique, Solhan, province du Yagha non loin de la frontière nigérienne pourraient le laisser penser, indiquent des sources. Pour sûr, Abou Ibrahim fait figure depuis quelques années de gros poisson dans la sphère terroriste burkinabè voire même dans le Sahel.

Qui est Sadou Tongomayel ?

Sadou Cissé est né au début des années 1970 à Mamassi un village situé à deux kilomètres à l’Est de Tongomayel dans le Soum. Il est issu d’une famille maraboutique peule. Selon certaines personnes qui l’ont fréquentées, adolescent, Sadou était très bagarreur.  Déjà au fait sur l’Islam, de par le statut maraboutique de sa famille, en 2007, il décide de quitter Tongomayel pour se rendre à Déou dans l’Oudalan puis à Gorgadji dans le Séno où il approfondit ses connaissances islamiques. Dès 2008, il était déjà connu pour sa pratique de l’islam. Sadou veut aller encore plus loin. Alors en 2012, il se rend à Douentza au Mali pour étudier chez le même maître coranique qu’un certain Ibrahim Malam Dicko qui fondera quelques années plus tard Ansaroul, Islam premier groupe djihadiste burkinabè.

À son retour de Douentza, il fait régulièrement la navette entre Djibo et Tongomayel. Sadou fait partie du cercle des proches de Malam Dicko qui compte une dizaine de personnes. À partir de 2013, ensemble, ils commencent à prêcher leur conception de l’islam rigoriste dans les villages du Soum via leur association Al-Irchad. D’ailleurs sur le récépissé de l’association, Sadou tient le rang de vice-président, c’est-à-dire le numéro deux de Al-Irchad, après Malam Dicko.

Avec Al-Irchad, Sadou a fait le tour du Soum pour y prêcher. Hamza (Ndlr le prénom a été changé), enseignant, se souvient l’avoir croisé en octobre 2016 lorsqu’il officiait dans un village du Soum « Sadou était venu avec une équipe de Al-Irchad pour prêcher dans mon village. Tout le village était au rendez-vous. Dans son sermon il s’est attaqué à l’école traditionnelle en disant que l’école ne forme que des criminels. Il mettait en opposition l’école française et l’école coranique. À la fin du discours, j’ai rendu compte directement à mon responsable départemental. Mais rien n’a été fait pour l’arrêter… ». Il parlait très calmement avec sagesse c’est pour ça qu’il a réussi à convaincre de nombreuses personnes a poursuivi la même source.

Le 12 novembre 2016, Hamadoun Boly, un des plus proches lieutenants de Malam Dicko, mais aussi le meilleur ami de Sadou, qu’il considère comme son frère, est assassiné par le futur chef de Ansaroul Islam. La raison : Boly était défenseur d’un endoctrinement pacifique des masses par des prêches alors que Dicko était défenseur d’un Islam guerrier et conquérant. Sadou craint d’être le prochain sur la liste et quitte Djibo et le Soum pour se réfugier à Déou dans l’Oudalan.

Un ancien élément de l’Agence nationale du renseignement (ANR) burkinabè se souvient

« La nuit du 17 novembre 2016, nos équipes se sont déployés dans son village mais nous ne l’avons pas retrouvé… Déjà à l’époque, nous avions signalé aux autorités que cet homme était très dangereux mais nous n’avons pas été écoutés… » explique-t-il avec dépit.

Depuis son retour à Déou, Sadou profite de ses connexions avec les factions Touaregs et arabes de la zone pour intégrer l’Etat Islamique. Il multiplie les prêches, les recrutements de combattants et parfois participe même à des attaques armées.

Le 19 juin 2018, son nom apparaît publiquement pour la première fois dans une liste de 146 présumés terroristes recherchés par le ministère de la Sécurité. Il est le numéro 61 aux côtés de plusieurs membres du groupe Ansarul Islam au nom de « Cissé Saadou Alou », localisé à l’époque à Gountouré Gné-Gné à Déou dans l’Oudalan. Il est décrit comme « le principal pourvoyeur de la bande. Il dispose de deux grands dépôts de carburant et une vingtaine d’employés motorisés qui feraient la navette entre Boulkéssi (Mali) et Boula. ». Mais cette description du rôle du personnage ne semble pas réaliste aux yeux de l’ancien de l’ANR, « en 2018, il avait déjà quitté Ansaroul Islam. Cette description de Sadou est complétement fausse ! »  Le compte à rebours de sa traque est depuis lancé.

 

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